Flore plus

Morus nigra  L.

On a l’habitude d’évoquer le Mûrier (amourié en provençal) pour ses feuilles, tant elles sont associées à l’élevage des vers à soie. C’est d’ailleurs dans le but de développer cette activité qu’a été importé en France - via l’Italie - cet arbre exotique originaire d’Asie, surtout à partir du XVIIe siècle. Bien que la sériciculture ait été abandonnée depuis bien des années, les Mûriers sont encore présents dans nos paysages, bordant certains chemins ou allées de bastides, en périphérie de vignes ou à proximité des maisons. Mais, ayant perdu leur intérêt économique, ils tendent à disparaître, sauvés parfois par l’ombrage qu’ils apportent. Mais intéressons-nous à son fruit, récolte mineure quelque peu délaissé ou ignoré dans la tradition locale. Il mérite qu’on s’y attarde davantage.
Murier noir, Morus nigra
Le Mûrier noir
Il en va autrement du fruit du Mûrier noir (Morus nigra), introduit du Moyen-Orient beaucoup plus tôt en Europe que le Mûrier blanc. Il est inscrit dans la pharmacopée depuis l’Antiquité pour ses vertus astringentes, laxatives, pour lutter contre les maux de gorge, etc. Il est également présent dans la culture méditerranéenne comme aliment, consommé frais ou séché, sous forme de sirop ou en confiture. Il était, paraît-il, planté à proximité des poulaillers, car le fruit était très apprécié des volailles.
Pour distinguer le mûrier noir du mûrier blanc : 
«
Reconnaitre le Murier noir »

Mûrier noir.

Le Mûrier blanc
Si la mûre du Mûrier n’a pas une grande renommée, c’est parce que, dans le Var, on rencontre principalement des Mûriers blancs (Morus alba), espèce largement préférée pour la sériciculture : de croissance plus rapide et réputée meilleure pour l’élevage des vers à soie que le Mûrier noir. Et son fruit (qui peut être de couleur blanche, jaune, rose, mais aussi noire), bien que sucré à maturité, est beaucoup moins parfumé et plus fade que le fruit du Mûrier noir (dont la couleur est noire ou rouge foncé).
Murier blanc, Morus alba
Mûrier blanc, Morus alba. Photo : Forest and Kim Starr
Néanmoins, certains « anciens » de nos villages rapportent qu’en des temps où les fruits ne circulaient pas autant et ne se trouvaient pas aussi facilement qu’aujourd’hui, on ne dédaignait pas se régaler de cette production secondaire et gratuite.
Hormis cet exemple, il n’existe pas localement, à ma connaissance, de tradition culinaire, comme il peut y en avoir ailleurs dans la région méditerranéenne (si des lecteurs ont des informations à ce sujet, nous serons heureux de les recueillir). Pourtant, aujourd’hui, on montre pour ce fruit un intérêt certain ; on trouve notamment à la vente des mûres blanches séchées, dont on vante les vertus toniques et stimulantes, pour leur teneur en fer, en vitamine C et en antioxydant.
Lire l’article sur la fructification du Mûrier blanc, de l’association « Fruitiers rares »
D’autres espèces à fruits savoureux
D’autres espèces de mûriers présentent des fruits aux qualités gustatives, comme le Mûrier platane (Morus Kagayamae), originaire du Japon. Bien qu’il ait des fruits délicieux, on plante le plus souvent, pour l’ombrage qu’il procure, une variété sans mûre pour éviter de tacher terrasses ou voitures.

Citons encore le Mûrier multicaule (Morus multicaulis), originaire de Chine ou le Mûrier rouge (Morus rubra), provenant d’Amérique du Nord, dont les variétés sont autant de promesses gustatives.

Un pépiniériste ayant une très belle collection de mûriers :
http://www.cochetfrederic.com/muriers-a-fruits.html

Si ailleurs des études ont permis d’identifier des cultivars (variétés locales), à ma connaissance, aucune étude n’a été réalisée dans le Var. N’ayant plus d’intérêt économique, l’arbre est menacé et disparaît progressivement devant l’extension urbaine notamment, ou par simple abandon. Il mériterait d’être étudié et préservé. Et si sa feuille n’est plus un argument, peut-être son fruit saura-t-il séduire les papilles et contribuer à le sortir de l’oubli.

Sources :
— Une conférence sur « Le Mûrier, de la Chine aux Cévennes. »
de Jean-Paul Roger, ancien responsable du Conservatoire botanique de Porquerolles.
— Lieutaghi (P.), Le livre des arbres, arbustes et arbrisseaux,
Éditions Actes Sud.
— Fattori (Y.), La soie de la graine au tissu, la sériciculture dans le Var,
Société nouvelle Imprimerie dracénoise, 1989.

Laurent Boudinot
Conservatoire du Patrimoine.

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Le Lierre des poètes

Lierre-Arbre-W
Sur l’écorce des arbres… Photo : rascal tinain
Sur l’écorce des arbres, le long des murs…
Le Lierre grimpe partout où il trouve support à ses crampons et peut atteindre jusqu’à trente mètres de long, si bien qu’avec son feuillage, il recouvre parfois des murs entiers dont on oublie l’existence. L’espèce la plus répandue est le lierre commun Hedera helix.
En Orient comme en Occident, le Lierre est vite devenu le symbole de l’attachement affectif et de la fidélité, voire de l’amour étouffant. Une devise lui est associée :
« Je meurs ou je m’attache ».
On le considère d’ailleurs à tort comme l’égal du gui, un parasite qui se nourrit de la substance des arbres à leurs dépens et qu’il faut détruire.
Pourtant, cette liane aime s’agripper aux écorces rugueuses, comme celles des chênes, uniquement pour s’élever vers la lumière ! D’ailleurs, lorsqu’elle ne trouve pas de tuteur, on peut également la retrouver au ras du sol sous forme de vastes tapis.

Le Lierre joue un rôle très important dans l’équilibre de la biodiversité. Avez-vous déjà remarqué qu’il est en fleur à la saison où toutes les autres plantes s’apprêtent à entrer en dormance ?
Plante mellifère, elle permet aux abeilles de compléter leurs provisions d’hiver et une abeille solitaire, l’abeille du Lierre, lui est directement liée.

Lierre, Hedera helix, Abeille du Lierre

Abeille du Lierre. Photo stanze.

Les fruits - de petites baies noir bleuté et toxiques pour l’homme - se forment dès le mois de janvier et régalent de nombreux oiseaux, tels que les grives, les merles et les pigeons ramiers, alors que les autres graines se font rares à cette saison.
Lierre, Hedera helix graines

 Le feuillage du Lierre sert également de refuge à de nombreuses espèces. Les oiseaux n’hésitent pas à venir y dissimuler leur nid tandis que le Gonepteryx rhamni, un papillon, s’y camoufle pour passer l’hiver.

C’est donc un véritable réservoir de biodiversité !

Désormais, lorsque votre regard se posera sur cette liane, vous saurez saisir toute la poésie qu’elle recèle dans ses feuillages. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que, dans l’Antiquité, les poètes grecs et romains les plus méritants se couvraient de lierre !

Baies du Lierre. Photo : rascal tinain

Utilisations :

Le lierre a des propriétés tinctoriales reconnues depuis longtemps.
Une fois écrasées, les baies bleu-violet peuvent être utilisées
pour teindre la laine en violet.
Ajoutez un peu de cendre à la décoction et vous obtiendrez un beau vert !
Quant à la sève, récoltée au printemps, elle prend une couleur rouge en cuisant et servait à colorer les peaux de chèvres ou de moutons.
Dans le Midi, on fabriquait également de la « lessive de lierre »,
qui ravivait les étoffes noires.
Texte : Mélanie ROBEAU, animatrice du Conservatoire du Patrimoine.
Références bibliographiques : RENAULT J-M., La garrigue grandeur nature RAMEAU, MANSION, DURRIO, GAUBERVILLE, Flore forestière française, guide écologique, tome III, région méditerranéenne SCHAUENBERG, PARIS, Guide des plantes médicinales.

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Les Menthes

Les Menthes font partie de la famille des lamiacées tout comme les nombreuses espèces aromatiques qui ornent nos jardins et nos petits plats (thym, romarin, sarriette, mélisse…). On compte plus de mille deux cents espèces de menthes dans le monde et au moins huit espèces sauvages en France. Le port et la reproduction végétative par stolons et rhizomes en font une plante très colonisatrice. Si les Menthes demandent beaucoup d’eau, il leur faut également beaucoup de soleil. Elles sont très résistantes à la sécheresse estivale.
Suspendre de la Menthe dans les maisons apporte une atmosphère paisible à la famille et chasse les mouches et les insectes volants (surtout la Menthe pouliot).
En magie, il était dit que porter, ou même mastiquer une feuille de Menthe, facilitait les avances amoureuses et faisait monter le désir chez son partenaire (les « Tic Tac » n’ont rien inventé !).
Un bain dérivatif (de siège) de décoction de Menthe serait un véritable « Viagra », masculin et féminin, naturel et écolo.
Le menthol contenu dans les feuilles est également excellent pour blanchir les dents.
Toutes les tisanes de Menthe sont apéritives, digestives et carminatives ; elles sont également très rafraîchissantes d’où la coutume du thé vert à la Menthe marocain bien connu. Elles sont également stomacales, expectorantes, emménagogues et cholagogues… Une vraie pharmacie pour notre tube digestif !
Les Menthes sont également appréciées dans le cas de piqûres d’insectes et de scorpions dont elles atténuent les actions vénéneuses.
Menthe Pouliot, Mentha pulegium
Menthe pouliot, Mentha pulegium - Photo : Katia
La menthe pouliot (mentha pulegium) dont l’étymologie vient de pulex (puce), car elle était utilisée jadis pour chasser les puces (dans le poulailler et la niche des chiens).
C’est sans doute la plus médicinale des menthes puisqu’elle est étudiée aujourd’hui dans la recherche contre le cancer.
Attention, elle est aussi la plus toxique : elle était utilisée autrefois à forte dose comme abortif… emportant parfois mère et enfant.
La Menthe aquatique (mentha aquatica) commune le long des ruisseaux, dégage souvent une odeur fort reconnaissable de ces milieux lorsqu’on la foule du pied par inadvertance.
Les feuilles sont plus ou moins velues et les fleurs en pompons terminaux roses bien reconnaissables.
Menthe aquatique, Mentha-aquatica
Menthe aquatique, Mentha aquatica.
Photo :
Andreas Rockstein
Menthe à feuilles rondes, Mentha-suaveolens

Menthe à feuilles rondes, Mentha-suaveolens.
Photo :
Forest and Kim Starr

La menthe à feuilles rondes (mentha suaveolens) facilement reconnaissable à ses feuilles oblongues, blanchâtres et tomenteuses au-dessous.
Pour un thé avec cette menthe dont les fragrances sont plus subtiles, il conviendra de ne pas trop chauffer l’eau (le thé solaire est parfait et rafraîchissant lors de vos aventures en collines.
Fabien Tambolini : technicien forestier et guide naturaliste.
Conservatoire du Patrimoine.

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La cigale ayant chanté tout l’été…

Cigale exuvie Fable

Cigale et son exuvie. Photo : Jean René Garcia

Cigale
C’est par ces mots que Jean de la Fontaine commençait sa fable et par là, donnait une fausse image de la cigale. Image qui perdure dans les esprits encore aujourd’hui…
Réhabilitons notre cigale qui n’est ni une fainéante ni une inconséquente et qui cache, à nos yeux d’humains, la plus grande partie de sa vie.
Tout d’abord, une précision essentielle : les cigales sont largement répandues dans le monde et bien loin, parfois des rivages de la Méditerranée. Pour rester en France : une espèce de cigale, peu sonore certes, mais bien cigale tout de même, se trouve en Picardie. Mais les cigales les plus caractéristiques, celles qui font crii crii, sont bien de chez nous, comme de l’ensemble des départements méditerranéens.
Des cigales, il en existe beaucoup. Les plus communes sont :
– la cigale commune appelée aussi grande cigale ou encore cigale plébéienne ou même chanteuse du peuple. La plus grosse avec une taille d’environ 50 mm, ailes comprises.
– la cigale de l’orne appelée aussi cigale grise. Une cigale de taille moyenne. L’orne est un frêne, mais cette cigale, par chez nous, est inféodée aux pins et aux oliviers.
– la cigale noire. Une petite cigale.

Il en existe aussi de très rares comme cette cigale cotonneuse découverte il y quelques années dans une friche de Gigaro à la Croix-Valmer.

Nos cigales passent trois à quatre ans dans le sol, sous la forme de larve. Des larves trapues et munies de pattes adaptées à creuser. Elles se nourrissent de la sève tirée des racines des arbres. À la fin de leur développement larvaire, quand le sol atteint une température de 21 °c pendant au moins trois jours, elles émergent, muent et deviennent des adultes munies d’ailes et sexuellement différenciées. Elles sortent alors de leur exuvie (cf. photo ci-contre).
Seuls les mâles, pourvus de cymbales, des membranes placées sous l’abdomen et qui vibrent, chanteront dans le but d’attirer les femelles. C’est vers 22 ou 25 °C que les mâles chantent. La sonorité et le rythme de la cymbalisation sont propres à chaque espèce. Les adultes n’ont que deux à quatre semaines pour se retrouver, s’accoupler et pondre. Ainsi, le chant de la cigale tout l’été est le fait d’une succession de mâles chanteurs, qui sortent de terre pour mourir peu après, mais après s’être accouplés. Nul besoin pour eux d’aller quémander à la fourmi travailleuse une quelconque pitance pour passer l’hiver… ils ne le passeront pas de toute façon…
Denis Huin : guide naturaliste.
Conservatoire du Patrimoine.

Hypericum perforatum

millepertuis perforé, Hypericum perfoliatum
Millepertuis. Photo :  Sandrine Rouja
Millepertuis
Détail. Photo :  Paw Paw
Si l’Aubépine est l’arbre de mai, le Millepertuis est sans aucun doute la plante du mois de juin. Plante du soleil par excellence, les alchimistes disent qu’elle en transcende ses bienfaits.
Il a connu ses lettres de noblesse au Moyen Âge où il était réputé pour guérir de la mélancolie et chasser le diable. Puis, il fut peu à peu oublié au 19e siècle pour réapparaître de nos jours et être connu comme un excellent antidépresseur.
L’infusion des inflorescences sur quelques semaines redonne du baume au cœur… sans doute y amène-t-il le soleil ! Attention toutefois, comme tous les antidépresseurs, il ne fait pas de miracle et si les symptômes persistent, n’hésitez pas à consulter un bon psy ! D’autant que les effets secondaires ne sont pas négligeables : le Millepertuis a une chimie tellement puissante qu’il peut annuler les effets de la pilule contraceptive ou d’autres médicaments.
Il est à proscrire pour les personnes suivant un traitement de chimiothérapie et pour les personnes sensibles du cœur.
En usage externe, c’est un médicament vulnéraire et utilisé pour les traitements cutanés. C’est un apaisant qui rendra de précieux services en matière de brûlures et de contusions. Attention, en usage interne comme externe, le millepertuis est photosensibilisant.
Il est donc recommandé de ne pas s’exposer au soleil. Une consommation et une exposition trop régulière peut même conduire à la mort !
Voici une petite recette qui achalandera utilement votre pharmacie champêtre de premiers secours. Remplir une bouteille de sommités fleuries et la couvrir d’huile d’olive ou d’huile de sésame (bio, bien sûr !) et laisser votre préparation quarante jours dehors à la lune et au soleil. Votre macéra prendra rapidement une couleur rouge brique qui, une fois filtré, fera des merveilles sur les coups de soleil de l’été.
Traditionnellement, le Millepertuis est rattaché à la Saint-Jean puisqu’il est conseillé de le récolter ce jour-là (feu et solstice), mais en Provence, nous le récoltons généralement plus tôt, car il risque d’être passé le vingt et un juin !
À vos paniers !
Fabien Tambolini : technicien forestier et guide naturaliste.
Conservatoire du Patrimoine.

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Thaumetopoea pityocampa

Chenilles processionnaires Thaumetopoea pityocampa

Chenilles processionnaires. Photo : M-F Augier 

Chenilles processionnaires, Thaumetopoea pityocampa

Cocon de chenilles. Photo : Martine

La processionnaire du pin est un insecte de l’ordre des lépidoptères qui doit son nom au mode de déplacement en file indienne des chenilles.
Elle mesure quelques millimètres à son premier stade et atteint jusqu’à 40 mm en fin de vie larvaire. Elle est de couleur brun noirâtre avec des taches rougeâtres sur le dessus et les flancs ; sa face ventrale est jaune. Son corps est fortement velu. L’insecte adulte est un papillon aux ailes grises, de 35 à 40 mm d’envergure et dont les antennes prennent la forme d’un peigne.
Cet insecte est l’un des plus redoutables ravageurs des forêts méditerranéennes. Il se nourrit des aiguilles de toutes les espèces de pins présentes en France, entraînant de nombreuses conséquences néfastes sur la vie de l’arbre, en cas d’invasion massive :
– défoliation ;
– perte de croissance ;
– diminution du pouvoir photosynthétique ;
– affaiblissement physiologique ouvrant la voie aux insectes xylophages et aux stress hydriques pouvant conduire au dépérissement total.
Mais l’action dévastatrice de cette chenille ne se limite pas aux végétaux : des problèmes sanitaires touchent l’homme et les animaux. En effet, à son 3e stade de développement, son contact est dangereux du fait d’une substance urticante présente dans ses micropsies. A son 5e et ultime stade, autrement dit à sa 5e année, en cas de stress ou d’agression, la chenille propulse ses poils dans l’air.
Ces derniers, libérés par des « miroirs urticants » (replis de peau), sont de véritables harpons qui se fixent dans l’épiderme de l’agresseur. En réponse à la démangeaison alors produite, le frottement ne fera qu’aggraver la situation, car en se brisant, ces poils libèrent encore plus de toxines.
Pourtant, certains prédateurs sont insensibles à ces attaques. Parmi eux, la mésange charbonnière et la huppe fasciée. L’éphippigère des vignes, plus connue sous le nom de boudrague, s’attaque quant à elle, directement aux pontes. (Attention, ce que nous appelons boudrague dans le var désigne une autre sauterelle : le barbitiste.)
Céline Pain.
Sources : Wikipédia, INRA (revue Stantari août 2008).


Malgré les désagréments que ces chenilles sont susceptibles de nous causer,
il ne faut pas oublier qu'elles font partie d’un écosystème fragile
et qu’elles participent à la biodiversité : de nombreux oiseaux dont
les Mésanges, le Geai, le Coucou-geai, et coléoptères dont le Calosome sycophante,
en font une grande consommation !

Nicole Marchal
Garrigues, flore et faune.

Houx y es-tu ?

Houx, Ilex aquifolium

Branche de houx. Photo : Denis Huin.

Tout le monde connaît son nom, ses feuilles et ses fruits parce qu’il est l’un des symboles des fêtes de Noël. Bien sûr que le houx à des feuilles piquantes, bien sûr que le houx a des fruits rouges, bien sûr que le houx est un arbre du froid ! Mais je peux vous dire (ou plutôt vous écrire) que le houx pousse dans les Maures, que le houx, chez nous, a souvent les feuilles sans aucune épine et que certains n’ont jamais de fruit.
Le houx est un petit arbre à feuilles persistantes, vertes luisantes dessus, parfois munies d’épines, parfois sans épine, et cela sur un même sujet quelquefois.
Il se cantonne aux fonds de vallons frais et ombrés, souvent en bordure des cours d’eau.
Le houx est une plante dioïque, ainsi il existe des sujets mâles qui ne produiront que des fleurs à pollen et des sujets femelles qui produiront des fleurs à ovules. Ce sont bien sûr les sujets femelles qui produiront les fruits, verts en automne, rouge en hiver.
Attention, les fruits sont toxiques pour les faibles humains que nous sommes. Par contre les oiseaux s’en régalent et du coup, dispersent les graines avec leurs fientes.

Le houx est une plante protégée :
la récolte des branches est strictement contrôlée
Cette réglementation est nécessaire tant l’arbre est victime de coupes sauvages ;
des pratiques qui ont abouti à sa quasi-disparition dans certains coins !

Fragon, Ruscus aculeatus. Petit houx
Le nom « houx » est source de confusion en Provence car il est confondu avec le fragon petit houx. Cette petite plante toujours verte, de la famille des asperges, porte de drôles de feuilles raides et piquantes sur lesquelles sont souvent accrochées des fruits rouges.
Vous remarquerez que ces fruits rouges sont visibles en toute saison à l’exception peut être de l’été.
Notre véritable houx, lui, n’arbore ses fruits rouges que vers la fin novembre, plus surement en décembre.
Branche de Fragon. Photo : Parc national de Port-Cros.

Denis Huin : guide naturaliste et ornithologue.
Conservatoire du Patrimoine.

Voir la fiche : Houx

Retour vers la fiche : Fragon

Le jonc et la vannerie

Jonc, Juncus acutus
Photo : John Tann
Dans notre région, le jonc (juncus acutus) est répertorié dans les zones humides d’eau douce par le : « Guide du naturaliste dans le Var » (Éditions Libris).

Il signifie « le lien » du latin jungere, joindre.

C’est un matériau de choix pour débuter en vannerie spiralée ou cousue. Les vanneries spiralées sont constituées de boudins de jonc cousus sur eux-mêmes par un lien végétal.
C’est une technique universelle et très ancienne. Les fouilles archéologiques ont démontré que le colombin de paille était de réalisation antérieure à celui de la terre cuite. Les premiers récipients étanches auraient été des vanneries ressemblant à des « paillassous » (corbeille en paille) tapissés d’argile.
La longue tige que l’on utilise en vannerie est ronde, flexible, lisse et dépourvue de nœud.  Lorsqu’on la coupe, elle paraît spongieuse. Elles se récoltent selon les régions de juillet à octobre avant le dessèchement des fleurs. Séchées à l’ombre, elles restent souples. Torsadées ou tressées ensemble, elles ont la réputation d’être incassables et permettent de réaliser des attaches de type charnière. Convenablement séchées, elles se conservent plusieurs années.
Avant d’être travaillé, le jonc doit être aspergé et laissé au repos. On le maintient ensuite dans une serviette humide. Il ne doit pas être immergé, car il se gorgerait d’eau.
On s’en sert en sparterie (fabrication  d’objets avec des fibres végétales), en vannerie spiralée, en vannerie à tresses cousues (3-4 ou 6 brins) comme les cabas et en vannerie à tressage en nappe (technique de fabrication des paniers en châtaignier des Maures).

Il était également utilisé dans la vannerie marine pour la fabrication de nasses.

Claudine Manhes : vannière en herbe.

BIBLIOGRAPHIE 
— Guide du naturaliste dans le Var - Éditions Libris.
— La vannerie sauvage - Éditions de Terran.
— La vannerie - Techniques et réalisations - Éditions Eyrolles.

 

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Sambucus nigraAdoxaceae

 En ce début juin, dépêchez-vous si vous n’avez pas encore fait votre récolte de fleurs de sureau ! Et s'il est trop tard, il vous faudra encore patienter jusqu'à la fin de l’été pour récolter les fruits.
Sureau Sambucus nigra

Ombelle de Sureau.

 Cet arbuste qui peut atteindre jusqu'à cinq mètres de haut (différent du sureau yèble, toxique, plante herbacée) est facilement identifiable avec ses beaux panaches blancs qui se mêlent au feuillage le long des routes et des champs.
Médicinalement, c’est un bon généraliste : son écorce est comparable à l’aubier de tilleul, utilisée pour les problèmes rhumatismaux et les infections urinaire ou les calculs reinaux. Les fleurs ont une alchimie très puissante, utilisées dans tous les cas de maladies respiratoires : rhume, bronchite, grippe et asthme. Leur infusion est galactogène (favorable à la sécrétion de lait) et calmante, fébrifuge et sudorifique, pour ne citer que quelques vertus. Les baies sont comestibles (quoique légèrement toxiques lorsqu’elles sont crues), riches en vitamines et éléments minéraux. On en fait d’excellentes confitures et autres pâtisseries.

 

Sirop de fleurs de Sureau

Voici une recette qui ne manquera pas de vous enchanter :
Cueillir quelques belles ombelles bien fleuries (environ dix par litre de préparation), les laisser tremper 24 heures dans une préparation constituée d’un litre d’eau pour un kilo de sucre et de deux citrons. Après cette macération, faites bouillir dix minutes pour dissoudre le sucre qui reste, filtrez et mettez en bouteille… c’est prêt !
Avec de l’eau bien fraîche, vous ne manquerez pas cet été de louer cette arbuste qui vous apportera tant de fraîcheur et régalera si finement votre palais !

Texte et photo : Fabien Tambolini, technicien forestier et naturaliste.
Conservatoire du Patrimoine.

 

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La Violette

Violette
Voilà, le printemps est bien là ! Si vous allez vous promener dans les sous-bois encore defeuillés laissez-vous enivrer par le doux parfum des violettes qui percent sous la litière. Cette plante était sacrée chez les Grecs. Son nom lui vient de la nymphe Io qui fut aimé de Zeus. Elle symbolise d’autant plus l’amour et l’arrivée tant attendue du printemps qu'offrir un bouquet de violettes (amour secret) c’est déclarer sa flamme à sa bien-aimée… sans doute parce qu’on lui prêtait des vertus odorantes aphrodisiaques ou plus simplement en raison de ses feuilles cordiformes !
Elles ont été récoltées et cultivées pendant plusieurs siècles pour la parfumerie, mais elle s'est vue remplacée par la racine d’iris qui présente une odeur similaire, mais est beaucoup plus rentable.
Médicinalement, les fleurs sont utilisées contre les maux de gorge et la toux qui, en ce changement de saison, peuvent nous surprendre (tisanes ou sirop de fleurs et feuilles). Les fleurs sont également sudorifiques. On leurs a accordé pendant longtemps des vertus contre l'insomnie et la mélancolie. L’eau de violette, quant à elle, est utilisée contre les infections de peaux et les acnés.
Les violettes sont comestibles (fleurs et feuilles (mucilagineuses). Les racines sont émétiques. Pour étonner agréablement vos amis, agrémentez vos salades vertes de fleurs violettes, c’est surprenant. On peut également réaliser des violettes confites pour les desserts mais sa mise en œuvre et un peu plus délicate.

Texte et photo : Fabien Tambolini, forestier et naturaliste.
Conservatoire du Patrimoine.

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Le romarin ou Rosmarinus officinalis

Le romarin est un arbrisseau aromatique bien connu des cuisinières provençales pour les daubes et grillades. Avec ces hivers doux, il commence dès février à présenter ses fleurs en épi bleu-violet, mais ne vous empressez pas pour la récolte, on les retrouvera jusqu’en mai. Cette plante de la famille des Lamiacées que l’on rencontre plus généralement sur sol calcaire est présente sur quelques stations arides et rocailleuses des Maures. Elle est facilement reconnaissable à ses feuilles coriaces (repliées sur les bords du limbe) sans pétioles avec une très forte odeur de camphre.
En médecine, le romarin est connu pour être l’ami du foie et de la vésicule biliaire : il est cholagogue, c’est-à-dire qu’il facilite l’évacuation de la bile, ce qui en fait une excellente plante digestive. C’est également une plante stimulante pour le système nerveux : il est utilisé pour soulager les tensions, les coups de fatigue et les déprimes passagères. Soyez prudent toutefois, car à forte dose, il est cardiotonique et donc déconseillé pour les personnes au cœur fragile (en décoction trop forte). Les Grecs l’utilisaient pour fortifier la mémoire et stimuler l’intellect ; les étudiants garderont donc précieusement quelques bouquets pour leurs périodes d’examens.
Romarin
Enfin, antirhumatismal, il est de bon usage de mélanger quelques gouttes d’huile essentielle à une huile neutre pour se masser les articulations. En phytothérapie, on utilisera les fleurs et/ou les feuilles.
C’est également une des premières fleurs mellifères de la saison et donnera, lorsque les abeilles auront fait leur œuvre, un miel très apprécié. Attention depuis quelques années (sûrement depuis 86 !) les romarins et les thyms sont fortement radioactifs.

Texte et photo : Fabien Tambolini, technicien forestier.
Conservatoire du Patrimoine.

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Acacia dealbata

De l’or en hiver !

Une floraison abondante et spectaculaire en hiver, un parfum entêtant qu’on associe aux célèbres parfumeries de Grasse, un symbole azuréen pour les touristes qui débarquent à l’aéroport de Nice, un prétexte aux corsos et autres fêtes qui fleurissent dans les communes des Maures, une espèce controversée que dénoncent les « écolos »… le Mimosa c’est tout cela !
Mimosa, Acacia dealbata
Mais qui connait vraiment le Mimosa ? Peu de monde en vérité, tellement cette plante revêt de multiples facettes, tellement sont nombreuses les fausses vérités qui circulent à son encontre. Tout d’abord, il faut avoir à l’esprit qu’il y a un grand nombre d’espèces de Mimosas de part le monde, la plupart originaires de l’Australie.
 Tous ces Mimosas sont en fait des Acacias et seuls quelques-uns sont appelés, en France, Mimosas. Par exemple le Mimosa des fleuristes est Acacia dealbata, le Mimosa des quatre saisons est Acacia retinoides. L’arbre communément appelé Acacia et à l’origine du miel du même nom est en réalité le Robinier faux Acacia et n’a rien à voir avec notre Acacia-mimosa.
Acacia dealbata. Photo : Conservatoire du patrimoine du Freinet.
Le Mimosa dit sauvage que l’on trouve un peu partout sur le littoral des Maures est Acacia dealbata.
Il a été introduit dans le milieu du XIXe siècle pour l’industrie du parfum à Grasse, mais comme l’arbre ne pousse que sur sol siliceux, c’est dans le Tanneron et dans les Maures qu’il a été planté en grand nombre.
Il est dit sauvage, car il se rencontre partout en forêt et surtout en fond de vallon, mais en réalité il s’est naturalisé à partir des plantations. Très expansif, il est dit invasif et à ce titre est considéré comme une espèce nuisible à la biodiversité et à l’intégrité des paysages typiques des Maures.

Denis Huin, naturaliste.
Conservatoire du Patrimoine.

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Teucrium chamaedrysLamiaceae

Germandrée petit-chêne

Comme on emporte notre voiture faire sa révision et sa vidange, il est bon, au changement de saison, de faire un petit nettoyage dans notre moteur. Les anciens le savaient bien et quelques-uns se souviennent que leurs ailleux faisaient, à l’automne, une cure de « petit-chêne ». C’est en effet un excellent dépuratif du sang, un drainant de la rate et il peut aussi provoquer les flux menstruels et diminuer l’acné. Il est conseillé de le prendre en tisane (20 g/l) ; le breuvage est très amer.
Attention, il ne faut pas dépasser sept jours de prise, car il est également hépatotoxique à forte dose. Cela lui a valu d’être interdit à la vente au siècle dernier, car il entrait dans la composition de cures d’amaigrissement.

Les gens sensibles du foie s’abstiendront !

Fabien Tambolini, technicien forestier et naturaliste.

Conservatoire du Patrimoine.

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Arbousier, Abrutis unedo
Un véritable arbre de Noël en plein maquis, tel est l’Arbousier en décembre. Couvert de fleurs blanches, de fruits verts, jaunes et rouges, l’arbre ne passe pas inaperçu ! Les hivers étant de plus en plus doux et la pluie étant revenue, notre Arbousier en profite pour multiplier les floraisons et par conséquent, la succession de fruits.
L’Arbousier est un petit arbre caractéristique des zones méditerranéennes. Ainsi il est adapté à vite réagir quand les bonnes conditions — en l’occurrence la pluie — sont là. Il pousse, fleurit et fructifie dès que les conditions sont bonnes ; il rentre en repos — en survivance — dès l’arrivée des grosses chaleurs et de la sécheresse estivale.
Botaniquement, l’Arbousier, nommé savamment Arbutus unedo, est à rattacher à la famille des Bruyères, autrement dit des Éricacées. Il est donc proche de la Bruyère arborescente (dite aussi Bruyère blanche), de la Bruyère à balai et de la Callune (dite aussi Bruyère rose). Cette proximité botanique n’est pas évidente à première vue. Les feuilles de notre Arbousier sont larges quand les feuilles des autres Bruyères sont si menues ! C’est dans les fleurs que les botanistes ont vu des similitudes. C’est également dans le bois, l’écorce et surtout la « souche » qu’il y a des ressemblances évidentes. Comme pour la Bruyère arborescente, la « souche » de l’Arbousier est un tronc court, massif et à peine visible à la surface du sol. C’est en fait un véritable organe de réserve en eau et en nutriments facilitant la vie de la plante pendant la mauvaise saison estivale. C’est aussi le garant de la survie de la plante en cas d’incendie, car son bois est ignifuge.

Denis Huin, naturaliste.
Conservatoire du Patrimoine.

 

Le miel d'Arbousier

Selon les descriptions de la plupart des consommateurs, les miels sont plus ou moins parfumés, mais toujours... sucrés. Cependant, il faut se rendre à l'évidence, le miel d'Arbousier constitue une exception : il est amer.
Récolte :
courant novembre. Il est conseillé de ne pas trop attendre pour procéder à la récolte car les frimas (brouillard froid qui se congèle en tombant) de l'hiver peuvent survenir très vite.
Couleur :
sombre, presque noir à la récolte. Marron tirant vers le brun une fois solide.
Parfum et saveur :
les effluves sont puissants mais très agréables. En revanche, la saveur surprend en raison d'une amertume inhabituelle. Une fois passé ce premier contact, le goût épicé aux fragrances orientales séduit les amoureux de miels robustes, de plus en plus nombreux.
Caractéristiques :
le miel d'Arbousier est recherché pour son amertume par les fabricants de vinaigre de miel auquel il apporte une saveur incomparable.
Le saviez-vous ?
Durant très longtemps et encore souvent aujourd'hui, ce miel n'était pas récolté. Considéré comme invendable car trop amer, il constituait les réserves d'hiver des colonies d'abeilles qui s'en nourrissaient au fil des mois. Aujourd'hui, le consommateur privilégie les miels plus marqués au goût ; l'avenir de ce miel paraît donc plus prometteur. Paradoxalement, le fruit de l'Arbousier étonne par sa fadeur.
Commercialisée notamment en Corse, la confiture d'arbouses est très douce.

Source : le Traité Rustica de l'Apiculture - Rustiqua Éditions.

 

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 Calluna vulgaris – ericaceae

 

callune

La Callune

Elle est en fleurs depuis la fin du mois d’août. Les feuilles sont en écailles sessiles opposées, ce qui permet de la distinguer des autres bruyères (en verticille). Les fleurs en clochettes roses ou blanches sont fortement mellifères.
Prises en décoction (40g/l, réduite à 1/3), elles sont diurétiques et c’est un antiseptique urogénital à prendre en cas de cystite, de maladie de la prostate ou de néphrite (reins).

En alcoolature, elle est utilisée pour les rhumatismes.

Texte et illustration : Fabien TAMBOLONI,
technicien forestier et naturaliste.

La callune, ou petite bruyère est un sous-arbrisseau à feuilles persistantes et à petites fleurs rosées, en forme de clochettes.
On la trouve presque partout en France et sur l’ensemble de l’Europe mais elle est plus rare en région méditerranéenne sauf en Provence siliceuse, (autrement dit, dans le massif des Maures). La callune, composante des maquis bas les plus acides, est une espèce eurosibérienne qui a dans le Var (Porquerolles) une de ses stations les plus méridionales. On la trouve aussi sous les pins maritimes.
Sa floraison s’étend de juillet à octobre, mais dans les Maures, elle ne fleurit que lorsque la chaleur estivale s’estompe, entre septembre et octobre.
Cet arbrisseau possède différentes propriétés, pour lui-même comme pour les Hommes :
Télétoxique, il excrète de ses racines des substances chimiques inhibant la croissance d’autres végétaux.
Mellifère, cette plante cache aussi des vertus médicinales contre les coliques néphrétiques ou encore les cystites.
Elle était utilisée autrefois pour la confection de balais rustiques, d’où l’origine de son nom : en grec callunein signifie balayer. En français, on l'appelle aussi la bruyère à balais.
En teinturerie, les sommités fleuries permettent d’obtenir un beau jaune vif.

Enfin, elle sert également de plante ornementale, vous comprendrez pourquoi…

Céline Pain : teinturière en herbe.

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Si, alors que vous vous promenez sur quelque sentier escarpé des Maures, une forte odeur de « pipi de chat » vient vous chatouiller les narines, c’est que vous n’êtes certainement pas loin d’un asphodèle. Pourtant cette plante vivace de la famille des liliacées (tulipe, lys…) sait se couvrir de belles fleurs. Lorsque Paracelse a dit que chaque étoile dans le ciel était une fleur sur la terre il devait sûrement avoir croisé le firmament offert par les hampes florales en grappes (fleurissant du bas vers le haut) des inflorescences d’asphodèles lorsqu’elles sont regroupées par dizaines. Les fleurs sont composées de six tépales, trois pétales blancs striés et trois sépales identiques, ressemblant à des étoiles dans l’infinie verdure de la forêt. Dès le mois de mai et jusque parfois en juillet se dressent les tiges fleuries sur un mètre de haut et parfois plus au centre d’une rosette de feuilles basales, étroites et linéaires, ressemblant à un gros poireau.
Dans l’Antiquité, elle était liée à la mort et à la résurrection, Homère décrivit les « champs élyséens » couverts d’asphodèles où résidait l’âme des morts. Plus tard cette plante a été attribuée à saint Christophe, saint patron des voyageurs arpentant les sentiers à pied (à l’époque !) jonchés des fleurs du saint.
La racine tubéreuse riche en amidon était mangée en période de disette et, dans les périodes plus fastes, elle était séchée, diluée et chauffée, créant ainsi une colle pour les relieurs et les cordonniers.
On utilisait également la racine fraîche pour soigner les plaies et éloigner les moustiques…

c’est surtout sa cousine, la belle de onze heures aussi appelée ornithogale, qui est utilisée dans les élixirs floraux du docteur Bach pour se soigner des chagrins et de la peine. Hé oui,  rien de tel qu’une bonne balade le long de ces belles liliacées blanches pour se sentir mieux !

Fabien Tamboloni
naturaliste.

Ornithogalum umbellatum
Photo : Jean Tosti.

Ornithogalum_umbellatum

Isatis tinctoria

Le Pastel des teinturiers, également appelée « guède » ou « vouède » est une plante bisannuelle qui ressemble à une salade à fleurs jaunes montée en graine. Elle forme la première année une rosette de feuilles oblongues lancéolées vertes et glabres ou, plus rarement, couvertes d’un duvet blanc. La deuxième année pousse une tige robuste à rameaux dressés, pouvant atteindre 1,5 m de hauteur. Les feuilles inférieures sont plus ovales ; les supérieures, plus étroites, embrassent la tige par deux oreillettes aiguës. Les nombreuses fleurs jaunes, très petites, sont groupées en volumineuses grappes dressées, épanouies de mai à juin. Les fruits sont des siliques de petite taille et de forme oblongue, d’un noir brillant violacé à maturité.
Pastel des teinturiers, Isatis tinctoria
Pastel des teinturiers, Isatis tinctoria. Photo : Gunera
On le trouve dans les endroits secs : terrains vagues, bords de routes, rocailles.
Originaire de la région de la mer Noire, elle a été acclimatée en Europe, vraisemblablement dès le néolithique. Sa culture a été développée en France, en Italie et en Allemagne au Moyen Âge.
Aujourd’hui, le Pastel est assez commun, à l’état sauvage, dans tout le Midi de la France et les pays méditerranéens. Elle est considérée comme le cousin occidental de l’indigo. Ses feuilles, comme celles des plantes du genre Indigocifera, permettent de teindre les étoffes dans des bleus solides qui n’apparaissent que lorsque le tissu est exposé à l’air. Cependant, les propriétés tinctoriales de l’indigo sont vingt fois plus puissantes que celles du Pastel, ce qui en fera un adversaire redoutable lorsque l’histoire mettra ces deux sources de bleu en concurrence.
Il faut une tonne de feuilles de Pastel pour produire deux kilos de pigment bleu. On utilise la fleurée des cuves de teinture pour teindre la chaux dans des bleus dont la douceur a donné naissance à l’expression « teintes pastel ».
Dans le Lauragais (région du sud-ouest de la France), on en enduisait les jougs des bœufs, car le bleu du Pastel a la propriété de repousser les mouches.

Céline PAIN
animatrice du Conservatoire du Patrimoine.

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Cette plante appartient à la grande famille des euphorbiacées dont on compte plus de 1600 espèces dans le monde et une cinquantaine rien qu’en France. Avec les beaux jours, elle commence à fleurir.
L’Euphorbe characias est une plante vivace que l’on rencontre le long des chemins et dans les milieux ouverts du massif.
Vigoureuse, elle mesure de 40 à 90 cm de haut. Tout au long de l’hiver, on peut voir ses feuilles d’un vert bleuté et ses tiges rouges, mais ce n’est que sur la fin février que les premières fleurs apparaissent. Discrètes, elles sont d’une grande beauté pour celui qui sait se pencher un peu et regarder dans ses grandes ombelles. Vert tendre, elle s’épanouira bientôt et dévoilera de grandes inflorescences (10 à 20 cm de diamètre) de couleur vert-jaune. Les fleurs groupées n’ont pas de pétales ; on parle alors de « pseudo fleurs », portées par deux bractées. Les ovaires situés à l’extérieur sont entourés de quatre écailles à nectar rouge brunâtre en forme de croissant de lune. Loin des jolies fleurs aux pétales multicolores que l’on est accoutumé à voir, l’euphorbe rivalise d’originalité.
Un latex blanc, fort toxique, contenant de l’euphorbone, exsude lors des cassures. Ce latex était jadis prescrit comme purgatif, mais les dangers de son utilisation l’ont proscrit médicalement. Certains braconniers s’en servaient pour empoisonner les poissons dans les gours.
Aujourd’hui, plus poétique, l’Euphorbe characia laisse à entendre de jolies notes de musique produites par ses ombelles, et ce, pour le plus grand plaisir des randonneurs.

 

Fabien TAMBOLONI
technicien forestier et naturaliste