Patrimoine agricole

À la gloire de la figue

 

La figue de Solliès

Un jour transporté dans les entrailles d’un oiseau de passage, je suis tombé par ses voies naturelles sur les bords de ce charmant petit fleuve côtier : le « GAPEAU » qui traverse des villages noyés de verdure, le cadre idyllique où mon transporteur m’a posé se nomme Solliès-Pont.

Dans la terre fertile où j’ai pris racine, un jour de printemps je suis sorti de celle-ci pour devenir un figuier. J’ai vécu longtemps en état sauvage, ignoré des hommes de cette Vallée ; jusqu’au jour, pour montrer a ces hommes que j’étais là ; j’ai fait des fruits d’une grosseur supérieure, d’une couleur violette incomparable à tous mes frères de « restanques » (grise, mouïssones, verdales etc. !)

Enfin ! Un de ces cultivateurs voyant mes fruits beaux, sains et bons, c’est occupé de moi. Il m’a taillé les branches noueuses et tordues à la manière d’un pin parasol. Honoré par cette taille et comme pour le remercier j’ai produit des fruits encore plus beaux, jusqu'à ne plus avoir de feuilles que les premiers froids font tomber.

Avec le temps, j’ai pris une place de choix détrônant le cerisier qui était le maître de ces lieux.
Avec l’aide de l’homme mon fruit est sorti des frontières et il est présent sur toutes les tables d’Europe. Mais ma plus grande fierté, ma Légion d’honneur c’est d’être devenu le symbole de ce village sous l’effigie de :

Solliès-Pont capitale de la Figue

15 août 1998

 

Page de René Vinotti : René Vinotti
Bibliothèque : Le dernier ermite de Sainte-Christine à Solliès-Pont

Arundo donax

 

La canne de Provence, Arundo donax appartient à la famille des Poacées (anciennement les « Graminées »). Il s'agit d'une plante herbacée classée parmi les cent espèces les plus invasives au monde. Elle est comme telle dans les régions méditerranéennes.

La canne de Provence... une plante pour l'agriculture, la sériciculture, la musique, la calligraphie, la vannerie, la pêche, la construction... Elle constitue un des éléments prédominants et caractéristiques des paysages méditerranéens. Même si l'on trouve la canne un peu partout, c'est sur nos rivages varois qu'elle acquiert, grâce à la Méditerranée, au soleil provençal et aux vents du midi, une dimension légendaire et artistique.

Fendoir a cannisse

Préparation des éclisses à l'aide d'un fendoir, pour la fabrication de cannisses. Texte encadré et photo : Conservatoire du Patrimoine.

Cannier aux Sénès, Solliès-Pont

Cannier sur la berge gauche du Gapeau en amont du barrage de Monsieur aux Sénès (photo janvier 2015).

 

Aire de répartition

On la trouve dans des zones nommées roselières ou canniers, où le taux d'humidité est élevé, souvent à proximité d'un point d'eau. Elle peut atteindre jusqu'à cinq mètres de hauteur et sa ressemblance avec le bambou entraîne souvent une confusion, de même qu'avec le roseau (Phragmites australis).

Cannier aux Aiguiers, Solliès-Pont

Cannier en jachère, au hameau des Aiguiers, utilisé comme brise-vue.

Culture

Généralement, elle se développe dans des milieux ensoleillés, sablonneux et bien drainés en hiver. Le feuillage est caduc et composé de longues feuilles étroites, engainantes, retombantes, de couleur vert glauque et à nervures parallèles. Parmi les quatre espèces d'Arundo, Arundo donax présente la plus grande longueur des entre-nœuds. En hiver, la plante prend un aspect desséché.

 

Morphologie

Les fleurs sont minuscules et regroupées en panicules terminales de couleur vert pâle visibles en fin d'été et sans grand intérêt décoratif. Ces plantes sont hermaphrodites et la pollinisation se fait par le vent, on parle d'anémogamie. Le fruit est appelé caryopse et est également disséminé par le vent, on parle d'anémochorie.
Grâce à son rhizome, elle peut coloniser rapidement les milieux même secs en été.

 

Arundo donax
rhizome-arundos

Flore de la canne de Provence :
famille  des Poaceae,  genre : Arundo,
nom latin  : Arundo donax 
L ,
nom français : canne de Provence,
nom vernaculaire : cano.

Rhizome Arundo donax.

Agriculture

La canne de Provence est traditionnellement utilisée en haies brise-vent dans le Midi de la France mais également pour la fabrication des canisses et des paniers.

 

Caisse à fleur. osier, Solliès-Pont
panierACerise2Gw
ClaieGw

Corbeille en canne et osier avec son couvercle utilisée pour l’expédition des fleurs fraîches, dimensions : 60 cm x 30 cm x 12 cm.

Panier en canne et anse en osier, avec l’intérieur matelassé pour la cueillette des cerises.

Claie en canne pour le séchage des figues (variété : Grise de la Saint-Jean), dimensions : 150 cm x 75 cm.

corbeilleDeCerisesGw
GrandPanierGw
LesVendangeuseGw

Grande corbeille en osier et canne utilisé au ramassage des cerises.
(Photo Jules Sénès, 1910.)

Grande corbeille en osier et canne utilisée pour le ramassage des fleurs fraiches en tige, dimension : 80 cm x 45 cm x 35 cm. Les lettres « NR » sont les initiales du producteur.

Corbeille en osier, châtaigner et canne pour la cueillette du raisin de table.
(Photo Jules Sénès, 1910.)

VannierOutilGw06
VannierOutilsGw01
Aire atelier du vannier

Un racloir articulé de vannier, à charnière intérieure, à garde soudée, pour l’effeuillage de la canne, dimension : 32 cm x 11 cm, Ø : 43 mm.

 

Un lot de six fendoirs de vannier en bois dur (chêne vert, buis) pour dégager trois brins.

L’atelier et l’aire de stockage du vannier M. Dominique Aime, avenue de la Gare, Solliès-Pont.
(Photo aérienne, éditions Lapie.)

Musique

Pour produire un son, certains instruments à vent utilisent une anche formée d'une lamelle (anche simple), libre ou battante, ou de deux lamelles (anche double) vibrant l'une contre l'autre, contrôlée ou non par les lèvres. Les anches sont le point commun de (figures) nombreux instruments. De roseau, de métal ou de matière plastique, elles sont mises en vibration par une colonne d'air qui peut être produite :
— par le souffle du musicien (duduk, clarinette, saxophone, hautbois, basson, chalumeau, chalemie, bombarde…) ;
— par une soufflerie mécanique (orgue, positif, harmonium, accordéon, bandonéon, concertina…) ;
— par une poche d'air alimentée par le souffle du musicien ou un soufflet (cornemuse, biniou, veuze, musette de cour…)
PlaquettesSaxeGw
CorAnglaisHautboisBaroqueGw1
BagPipe cornemuse, Arundo donax

Ébauches et plaquettes de saxophones.

Ébauches de bad pipe et de cornemuses.

Ébauches de cor anglais et de hautbois baroques.

 

L'anche double est enfermées dans une capsule (cromorne) ou dans une poche d'air (cornemuse), libre dans la bouche (bombarde) ou contrôlées par les lèvres (hautbois), accessibles par des clapets (accordéon) ou par des mécanismes monumentaux (orgue), les anches ont des formes et des dimensions diverses et multiples, produisant des sons sourds ou stridents, voilés ou éclatants, très doux ou extrêmement puissants. Les instruments transformant cette vibration sont aussi riches et hétéroclites que les civilisations et les cultures qui les ont fait naitre.

Sur le plan industriel, Arundo donax fournit probablement les meilleures anches du monde et quand vous entendez une clarinette, un saxophone, un hautbois, un basson ou tout autre instrument de ce type, il y a de fortes chances que son anche provienne de roselières de Provence. L’entreprise d’instruments de musique Selmer, fondée à Paris par le clarinettiste Henri Selmer à Paris en 1885, a commencé son activité par la production d’anches (arrêtée dans les années 1980). Le clarinettiste Eugène Van Doren fonde en 1905 l’entreprise Vandoren aujourd'hui leader mondial sur le marché professionnel. Le siège social de Vandoren et les studios d’essai pour les musiciens sont toujours à Paris, et l’usine à Bormes-les-Mimosas dans le Var. Au cœur des roselières se trouvent tous les ateliers de fabrication d’anches et de becs pour clarinettes et saxophones, une production distribuée dans plus de cent pays. Curieusement, la fabrication industrielle a démarré à Los Angeles : ce sont des Américains qui ont vu dans les années 1920 le parti qu'on pouvait tirer du « roseau à musique » et se font livrer la matière première en provenance de la région hyéroise pour fabriquer des anches simples, doubles, baryton ; etc.
Ainsi est né Rico International, actuellement le premier facteur d'anches au monde, Roso France (Hyères) étant son principal fournisseur (400 000 roseaux par an). On trouve aussi des anches issues de roseaux sauvages, la société Marca (Manufacture d'Anches et Roseaux de la Côte d'Azur) d'Ollioules dans le Var serait la seule entreprise au monde à n'utiliser que ces derniers pour ses anches exportées vers une cinquantaine de pays.
Et voilà pourquoi depuis quelques années, le Festival de l'Anche honore dans les roselières hyéroises le fabuleux destin de la canne de Provence.

 

Arts

La résistance mécanique des tiges est idéale pour les travaux de calligraphie et la confection d'instruments d'écriture ou « calames ».

Étapes de la taille du calame :

0 - canne brute
1 - ouverture
2 - rétrécissement
3 - amincissement
4 - coupe et finition
5 - fente.

 

Calame

Le calame est taillé dans la partie supérieure d'une canne provenant de roselières.
Pour être utilisable, la canne doit être séché. Cette opération se fait en le maintenant à une température constante (dans du fumier par exemple), où il perd son eau, et durcit ; de couleur blanchâtre quand il est récolté, il devient brun-rouge, clair ou foncé même parfois noir, selon le type de canne.
Lorsque la canne est sèche, elle est taillée, en la plaçant dans la paume de la main et en la coupant en biseau avec un couteau jusqu'à ce que le bord ait la forme désirée. L'extrémité ainsi obtenue est ensuite ajustée en fonction de la largeur de bec souhaitée. Enfin l'extrémité du bec est fendue de quelques centimètres puis coupée en biseau sur une plaquette à coupe (« makta » chez les ottomans) pour obtenir un angle d'écriture adapté à la main du scribe.

Calames

Le calame est retaillé régulièrement, car l'extrémité du bec en contact avec le papier s'use rapidement.

 

 

Bibliothèque : Ces précieuses plantes de Méditerranée  pages 55, 56 et 57.

Consulter la fiche : Canne de provence

myrte2

Le Myrte

 

Dans l'Antiquité, le Myrte était aussi important que le Laurier et l'Olivier. Comme l'Eucalyptus, il appartient à la famille des myrtacées.
Il pousse en bordure du littoral (pas seulement : maquis et garrigues dolomitiques de l'intérieur) sous forme d'un arbuste de deux à trois m de hauteur, dont les feuilles persistantes et opposées sont luisantes, coriaces et aromatiques (elles renferment une quantité importante de tanins et des flavonoïdes dont le myricétol).
Ses petites fleurs (2-3 cm) blanches et odorantes, aux nombreuses étamines, s'ouvrent en été (mai-juillet).

Myrthe
Myrthe 2

Arbre sacré chez les Latins, le Myrte est le symbole de la virginité, de la beauté et de l'immortalité ; les jeunes femmes se paraient d'une couronne de rameaux fleuris le jour de leur mariage.

Le Myrte est une plante médicinale des plus symboliques du pourtour de la Méditerranée.

Il arrive à maturité en décembre, on le rencontre fréquemment en bordure de nos sentiers, c'est le moment de le cueillir pour en faire un délicieux vin d'apéritif ; recette ci-dessous.

Écorce, rameaux et feuilles ont été utilisés dans la médecine médiévale.

En Italie, au XVIe siècle, on produisait de « L'eau d'ange » par distillation (de la plante tout entière) des fleurs et des feuilles, utilisée en parfumerie, aujourd'hui encore fabriquée dans le Midi de la France. Ses fruits, petites baies presque noires (bleu foncé) parfumées, que l'on transforme en délicieuses gelées, confitures, liqueurs et vin d'apéritif, se ramassent en automne-hiver.

En Provence, on mêlait à la nourriture que l'on donnait aux volailles des baies de myrte pour donner du goût à leur chair. Séchées, on s'en sert comme une épice dans la cuisine (avec gibier et ragoût).

Pour le traitement des diarrhées et des troubles gastriques : croquer quelques baies de myrte.
Mais attention : le myrte, à trop fortes doses, peut agir comme l'ergot du seigle et fut utilisé autrefois comme abortif, tout comme la lavande et le henné.


Le vin de myrte

 
Ingrédients :

- 5 litres de bon vin rouge (peut se faire avec du vin rosé) ;
- 1 litre d'alcool pour fruits à 40° ;
- 100 millilitres d'alcool à 90° non dénaturé ;
- 750 grammes de sucre (ou moins si l'on préfère moins doux) ;
- 1 bâton de vanille ;
- 300 à 500 grammes de myrtes ;
- quelques lamelles de gingembre (facultatif).

Préparation :

- mettre le vin dans une bonbonne de 10 litres ;
laver les myrtes, les sécher et les ajouter au vin ;
couper le bâton de vanille dans le sens de la longueur, le gingembre en fines lamelles et mettre dans la bonbonne avec le vin ;
rajouter l'alcool ;
faire macérer le tout dans un endroit sombre pendant deux mois ;
ajouter le sucre et remuer l'ensemble deux à trois fois par semaine jusqu'à ce qu'il soit complètement fondu ;
filtrer, mettre en bouteilles et laisser vieillir ;
- à consommer bien frais en apéritifs.

N. B. On peut également incorporer le sucre lors de la préparation avec les autres ingrédients, ce qui ne change rien à la texture et à la saveur.


Bibliothèque : Ces précieuses plantes de Méditerranée par Yvan Avramov, p. 142 - 146.

Consulter la vidéo : Le Myrte

Consulter la fiche botanique : Myrte

 

département : Var
commune : Solliès-Pont
appellation : Four à cade des Pousselons
adresse : Quartier les Pousselons
auteur : Paulin OLIVIER (constructeur)
date : 1914
protection : Inscription au titre des monuments historiques : arrêté du 1er oct. 1994
label patrimoine XXe siècle : Circulaire du 1er mars 2001

 

Les fours à cade1

 

Le cade

Le cade arbuste dioïque de quatre à cinq mètres, exceptionnellement de dix à quinze mètres, c'est le Juniperus oxycedrus, plus connu que le Genévrier commun (utilisé en cuisine). Sa longévité est remarquable, multi-centenaire voire millénaire comme à Castelnau-Valence (Gard). Son bois, dur, à grain très fin était autrefois recherché en marqueterie et petite ébénisterie pour son odeur agréable et la beauté de ses cernes. Résistant et imputrescible, il servait à faire des statues à l'époque romaine, des piquets (en Corse).
On en a fait aussi des linteaux de portes et des plaques ou objets anti-insectes et anti-mites à glisser dans les penderies.
C'est « l'engantier » qui produit l'huile de cade.

Genévrier cade, Juniperus oxycedrus arbre

Cade vieux en Provence.

Coupe de Genévrier cade

Coupe horizontale Genévrier oxycèdre
(environ 60 
ans - Ø 10 cm).

Ses baies (comestibles) appréciées des oiseaux, sont vertes la première année puis deviennent marron-rouge et mettent deux, voire trois ans pour atteindre la maturité.

Genévrier cade femelle, Juniperus-oxycedrus
Juniperus oxycedrus — cade femelle.

La récolte du cade

Les arbres étaient coupés à la base, puis la souche déterrée au pic. Les vieux arbres tourmentés étaient les plus appréciés. Ceux dont les bois étaient les plus foncés étaient les cades gras. Toutes les parties du bois à section foncée étaient utilisées pour la pyrogénation (tronc, grosses branches et racines principales).

 

L'huile de cade

C’est un liquide homogène, noirâtre, d’odeur forte, uniquement destiné à l’usage externe. il comporte trois domaines d’application :
— Cosmétologie : les femmes de la campagne provençale l’utilisaient à raison de deux ou trois gouttes dans une bassine d’eau pure pour se rincer les cheveux après lavage au savon de Marseille ;
— Médecine humaine : l’huile de cade entrait dans la composition de pommades et d’onguents destinés au traitement :
— des kératoses du cuir chevelu, du psoriasis, des eczémas, des teignes, de l’acné et de l’impétigo,
— Médecine vétérinaire, on l’utilise dans le traitement :
— de la gale du cheval, des caprins, des ovins, du porc et du chien ;
— des fissures des sabots des équidés ;
— des teignes, eczémas et plaies atones ;
— le piétin des ovins.
Les bergers lui ont trouvé un emploi original par voie digestive contre le météorisme du mouton.
C’est également un parasiticide puissant, et l’huile de cade a un effet répulsif sur les mouches, les taons et les animaux indésirables (blaireau…)
Le charbon de cade constituait un sous-produit recherché pour ses vertus odoriférantes (grillades) et son aptitude à maintenir une haute température dans les foyers (forges).

 

Les fours à cade

Sur les collines et les plateaux, entre la côte toulonnaise et la chaîne de la Sainte-Baume, des petits édifices par dizaines rappellent une activité originale des paysans de la région : l’extraction de l’huile de cade.

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Le four construit par Paulin Olivier, quartier des Pousselons à Solliès-Pont.

Quand ils n’étaient pas pris par les travaux agricoles, ils arrachaient les souches de genévrier-cade, et en remplissaient les fours, en grande partie construits avec des matériaux trouvés sur place, pour en extraire l’huile utilisée en pharmacie humaine et vétérinaire, en parfumerie et cosmétologie.
Toutes les parties du bois à section foncée étaient utilisées pour la distillation (tronc, grosses branches et racines principales).
Un four était construit en un mois par deux personnes. Les matériaux utilisés étaient en grande partie trouvés sur place.
Quand l'exploitation des arbres aux alentours était finie, le four était partiellement détruit pour en récupérer les briques réfractaires qui servaient l'année suivante. C'est ce qui explique qu'aujourd'hui, on trouve très rarement des fours entiers.
La fabrication de l’huile de cade est presque complètement oubliée, alors qu’elle fut un produit de base de la pharmacopée, et les fours à cade furent très actifs jusqu’aux années 30.

La construction du four

« C'est un secret de famille, il ne faut rien écrire d'autre que quelques dimensions ».
La construction est massive, en grosses pierres sèches, sommairement équarries, mais parfaitement appareillées. Les dimensions sont imposantes :
— trois mètres de large ;
— deux mètres cinquante et plus de haut.
La face frontale présente en son milieu un profond renfoncement : ce couloir mesurait un mètre trente à un mètre cinquante, il conduit à l'orifice de sortie de l'huile dit « la porte » ; ce couloir s'appelait « la voûte ».
 
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Le four des Pousselons, dessin relevé en mars 1992, (vue de face)

Le four des Pousselons, dessin relevé en mars 1992, (vue de profil).

Le toit du couloir s'incline vers le fond, tandis que son plancher est excavé de trente à soixante centimètres par rapport au niveau du sol. La largeur de cette voûte est de un mètre vingt environ. La porte au fond est toujours traitée avec soin. Son plancher est fait d'un large moellon réfractaire, carré, de trente-deux à trente-trois centimètres de côté, pour une épaisseur de trois à quatre centimètres, débordant l'assise de quelques centimètres, afin de constituer une lèvre sous laquelle une cornue réceptionnait l'huile fumante.
L'ouverture de la porte, rectangulaire, de vingt-trois à vingt-cinq centimètres de large sur trente de haut était bordée de briquettes. L'ouverture de la porte était perpendiculaire aux vents dominants et les faces latérales constituées par des murs rectilignes. Au centre de la structure, un mur interne délimitait une fosse grossièrement arrondie, qui faisait place au foyer.
La terre recouvrant l'ensemble assurait une parfaite homogénéité.

Coupe 2
Coupe 1
Coupe longitudinale d'un four à cade (coupe de principe d'après le docteur Portes).

Coupe longitudinale d'un four à cade (coupe de principe d'après le docteur Portes).

À la partie inféro-postérieure des faces latérales, s'ouvrait de chaque côté, un large tunnel destiné au tirage et à l'alimentation du foyer. Ce couloir de un mètre de long environ, ouvert par un évent de quarante centimètres de long sur trente-cinq de haut était construit avec minutie. La fosse centrale avait une profondeur de un mètre soixante-dix à deux mètres pour un diamètre entre un mètre et un mètre quarante.

Le four à cade des Pousselons

Situé dans une proprièté privée, il est plutôt bien conservé : hauteur dépassant deux mètres ; largeur de trois mètres, couloir intact. Porte du « cul-de-four » effondrée, le carreau de base a disparu. Les briques sont restées sur place, car Paulin OLIVIER a construit ce four au début de la Grande Guerre, avec l'aide de ses deux fils.
En 1916 l'aîné Victor a été mobilisé. Le cadet, Baptiste était trop jeune pour apporter une aide efficace.
Le four a été abandonné en 1917 (Paulin ne pensant pas reprendre le métier)2

Plan 3

Plan de masse.

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L'inscription sur l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

La famille Olivier

Le grand-père, Jean-Baptiste OLIVIER né en 1820 à Beauvezer (Alpes-de-haute-Provence), berger, a rencontré et épousé Virginie Herrmite, fille d'une des toutes premières familles d'enguantier. Après son mariage, il s"installe à Cuges-les-Pins, où il commence à exploiter le cade avec sa belle-famille.
En 1859 naît son fils Paulin. En 1873, il s'installe au Beausset, où il poursuit la fabrication de l'huile avec son fils.
Paulin appelé sous les drapeaux en 1879, effectue son service militaire de sept ans en Corse puis à Avignon, entre ensuite à l'Arsenal de Toulon. Il se marie avec Thérèse Meynard, repasseuse et sa fille Rose naîtra en 1890.
En 1891, il abandonne son emploi à l'arsenal, pour reprendre la fabrication de l'huile de cade, avec son père à la Cadière et au Castellet. Quand son père cesse de travailler, Paulin s'installe à Bandol où naissent ses deux fils : Victor le 25 juin 1893 et Baptiste le 7 janvier 1900. Il réside ensuite à Solliès-Ville de 1905 à 1929, date de sa mort.
Pendant cette période, il construit les fours de La Tourne et celui de Pourraques à Solliès-Toucas, du col de Tourris au Revest, des Escabriels à Solliès-Ville, puis celui des Pousselons à Solliès-Pont qu'il abandonne en 1916.
Au retour de Victor en 1920, il construit avec ses deux fils, le four ses Selves à Solliès-Ville, puis vers 1925, celui du Gypier à Méounes.
Il meurt le 3 janvier 1929. Ses fils ne poursuivent l'exploitation du cade que jusqu’à la fin de l’année 1929.

Lettre Olivier Paulin

Document provenant des archives d'Ollioules.

NOTES :
1 - En provençal, on parle de « cade » pour le genévrier oxycèdre, le français reprenant souvent, sans qu'on le sache, l'appellation provençale, en tout cas dans l'appellation courante ; oxycèdre étant l'appellation savante.
2 - Ces renseignements émanent de la fille de Paulin, Marcelle Cottin et de la veuve de Victor Olivier.
Documentation : Fours à cade, fours à poix dans la Provence littorale du docteur Laurent Porte aux éditions Les Alpes de lumière.

 

 

Bibliothèque :

 Four à cade des Pousselons, Solliès-Pont 
Fours a cade, fours à poix dans la Provence littorale 2
Consulter la généalogique de Paulin :  Jean-Baptiste Olivier, arbre généalogique

 

  • Marche d'approche
  • La vue du dessus.
  • Sur le coté, un évent bien malade !
  • Les briques réfractaires du  foyer.
  • le commentaire
  • Tous autour du four.
  • Tous autour du four.
  • On écoute…
  • Essai
  • Four VaP

Quelques photos de la visite commentée par Raoul Décugis le 10 décembre 2016.

Photo de presse

La photo de presse.

(Photo R. Long.)

D'aprèsFrançois Sigaut

Définition

L'araire (nom masculin) est un instrument attelé de travail du sol dont la partie travaillante est un simple soc, pointu plutôt que tranchant. L'araire travaille en fendant et en soulevant la terre, qui est rejetée plus ou moins émiettée de part et d'autre du soc. La structure de l'instrument est symétrique par rapport à la ligne de travail.
Araire Lambert

Araire originaire du village de Roure 06420, âge et mancheron raccourcis, (don de Monsieur Jean Étourneau).

Historique du mot

Le mot araire est d’origine provençale (araïre, du latin aratrum). Il est entré dans le vocabulaire des agronomes de langue française au début du XIXe siècle, pour désigner des charrues sans avant-train. Celui-ci était en effet considéré à cette époque par beaucoup d’auteurs (parmi lesquels Mathieu de Dombasle) comme un dispositif archaïque, encombrant et coûteux, qu’il convenait de remplacer par des régulateurs sur le modèle de certaines charrues flamandes et anglaises. Araire conservera ce sens de « charrue sans avant-train » jusqu’au milieu du XXe siècle. En 1955, dans L’Homme et la charrue à travers le monde, Haudricourt et Jean-Brunhes Delamarre montrent que la distinction la plus significative qu’il convient de faire entre les différents modèles de charrues n’est pas la présence ou l’absence d’avant-train, mais la structure symétrique ou dissymétrique de l’instrument. Ils proposent d’appeler araires les instruments symétriques (où l’axe du sep est parallèle à la ligne de tirage) et charrues les dissymétriques (où l’axe du soc fait un angle bien marqué avec la ligne du tirage). Cette proposition, reprenant l’usage de la plupart des dialectes paysans, est entrée aujourd’hui dans l’usage courant.
La dissymétrie de la charrue tient au fait qu’elle est conçue pour découper une tranche de terre qui doit être repoussée sur le côté. L’araire est symétrique parce qu’il travaille plutôt à la manière d’un instrument de pseudo-labour : il n’a ni coutre ni versoir (ou alors deux versoirs symétriques, ce qui le rapproche des buttoirs), et son soc est plutôt pointu que tranchant. Il ne faut pas toutefois faire de cette opposition une règle trop absolue. Il a existé ici ou là un certain nombre de formes intermédiaires.

 

Araire Lambert

 

Historique de l’instrument

L’araire apparaît en Mésopotamie dans la seconde moitié du IVe millénaire av. J.-C. On a longtemps cru que c’était là son origine, et cette hypothèse reste très vraisemblable. Mais sa présence est maintenant bien attestée en Europe au tout début du IIIe millénaire. La possibilité de plusieurs foyers d’invention ne peut donc pas être exclue.
Il est probable que la fonction première de l’araire a été, non pas de préparer le champ au sens où nous l’entendons aujourd’hui, mais de creuser des raies  destinées à recevoir les semences  que quelqu’un, marchant à côté de l’araire, y laissait tomber au fur et à mesure. Très tôt en tous cas, on trouve des figurations où l’araire est muni d’une sorte d’entonnoir à peu près vertical débouchant juste derrière le soc et destiné à recevoir les semences. Ces araires-semoirs se sont maintenus jusqu’à notre époque dans quelques régions du Proche-Orient (Syrie, Yémen…) et surtout en Inde. En Chine, l’araire-semoir a été assez tôt remplacé par de véritables semoirs attelés à deux ou trois rangs. En Occident par contre, l’araire-semoir ne semble pas avoir été connu, ce qui s’explique sans doute par la généralisation précoce du semis à la volée – technique rarement pratiquée et souvent même inconnue dans les autres régions du monde.
Les araires d’Occident ont toujours eu deux fonctions bien déterminées : 1er la préparation du champ, et 2e l’enfouissement des semis (en lignes ou à la volée). Il y a même des régions (au Maghreb par exemple) où l’araire n’avait que la seconde fonction : on ne faisait pas de labours préalables, on se bornait à couper les broussailles qui avaient résisté au pâturage des animaux, après quoi on semait (à la volée) et on donnait un seul labour destiné à la fois à ameublir la surface du sol et à enfouir le semis. Aussi sommaire soit-il, ce procédé se justifie dans des régions semi-arides où la concurrence des adventices est assez faible et où la pluviosité très capricieuse rend les récoltes très aléatoires.
Dans les régions d’Europe où la charrue a été adoptée, elle n’a pas supplanté l’araire, car les deux instruments étaient complémentaires. L’araire n’a commencé à disparaître que vers la fin du XIXe siècle, sans doute devant la concurrence des nouveaux instruments de pseudo-labour qui se généralisent à cette époque (cultivateurs, scarificateurs, extirpateurs, instruments à disques, etc.).

Araire

L’araire (de l'occitan, issu du latin aratrum) est un instrument aratoire à bâti symétrique sans versoir et muni d'un soc pointu (ou conique) qui fend la terre sans la retourner. Il est employé en Mésopotamie depuis le IVe millénaire av. J.-C. Tracté par un animal, il scarifie la couche supérieure du sol et la rejette de part et d’autre de la raie (ou sillon). L’arairage qu'il effectue est donc superficiel. On continue de l'utiliser en Extrême-Orient, en Amérique du Sud et en Afrique du Nord.
L’araire au départ était constitué d’une seule pièce de bois, il évolua et finit par avoir jusqu'à cinq pièces. Le plus souvent en bois, l'araire se compose de trois parties essentielles :
- le mancheron, tenu par la main du laboureur, permet de guider l'araire.
- le sep (souvent appelé dental), pièce centrale dont la pointe est coiffée du soc qui entre en contact avec la terre.
- l'âge (haie ou flèche selon les régions), pièce généralement courbe, prolongé en avant par le timon et fixé en arrière au talon du sep, qui relie l'araire au brancard ou au joug auquel sont attelées les bêtes de trait.

 

Typologie

Plusieurs typologies ont été proposées pour les araires.

 

Typologie des bâtis

Celle la plus couramment utilisée dans les ouvrages de vulgarisation actuelle, dérive de celle de Haudricourt et Jean Brunhes-Delamarre (voir images ci-dessous), qui permet un classement des araires en quatre principaux types.

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Les trois grands types d'araire à mancheron unique :
1 - araire chambige
2 - araire manche-sep
3 - araire dental
(selon Haudricourt et Brunhes-Delamarre.)

L'araire chambige (1)

Ce type d'araire est constitué d'un sep, sur lequel un âge chambige (tordu, cambré) est fixé. Le(s) mancheron(s) vien(nen)t se fixer au niveau du raccord sep-âge. Lorsqu'un seul mancheron est présent, il vient souvent s'encastrer dans une fente pratiquée dans l'âge. Une simple cale suffit généralement à le bloquer. Cette cale bloque généralement le mancheron et la reille (soc à soie sur un araire).

Araire chambige

Araire chambige.

L'araire manche-sep (2)

Dans ce type d'araire, le sep (partie portant le soc de l'araire) et le(s) mancheron(s) sont une seule pièce (monobloc, ou constitué de plusieurs parties assemblées). L'âge (partie servant à la traction) vient directement se raccorder au manche-sep. Sur ces araires, le manche-sep se recourbe avant de rentrer en contact avec le sol.
Cette forme permet de faciliter le maniement de l'araire en lui donnant un certain équilibre, qu'il n'aurait pas si l'araire ne reposait que sur le soc (ce qui se passerait si le manche-sep était droit).

Araire manche-sep

Araire manche-sep.

L'araire dentale (3)

Pour ces araires, l'âge et le(s) mancheron(s) viennent se ficher dans le sep. Ce type d'araire semble avoir été peu utilisé en France, si ce n'est en Corse. Des araires de ce type ont été commercialisés pour le travail de la vigne durant la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Fabriqués de manière industrielle, ils étaient parfois entièrement métalliques.
Leur introduction peut être due à l'influence française en Afrique du Nord, territoire où ils étaient d'un usage courant.

Araire dental

Araire dentale.

L'araire quadrangulaire (4)

Les araires de ce type ont une structure constituée de quatre pièces principales, se raccordant en formant, plus ou moins, un parallélépipède. L’écartement du sep et de l'âge est maintenu par un étançon ou une paire de tendilles, réglables à l’aide de coins.
Comparativement aux autres types, les araires quadrangulaires nécessitent un travail d'assemblage plus poussé. De ce fait, ils ont surtout été connus en France à partir de la fin du XIXe siècle et durant le XXe siècle.

Araire quadrangulaire

Araire quadrangulaire.

Typologie des socs

Il existe de nombreux types de soc d'araires. Il faut déjà préciser que les premiers araires n'étaient sans doute pas pourvus de soc. Dans ce cas, la pointe du sep sert de soc. Lorsqu'ils existent, il est possible de classer les socs de plusieurs manières.

Forme
 - Sans aile, (simple renfort du bout du sep). Ce sont en général de simples renforts du sep fixés par un œil ou une douille. Ce système semble le plus ancien et n'apporte rien, en termes de labourage, par rapport à une araire sans soc. (le bout du sep sert de soc dans ce cas.) En termes de durabilité c'est cependant un progrès majeur par rapport aux araire sans soc (usure du sep)
 - Avec aile. Le soc peut être plus large que le sep. Dans ce cas il affecte souvent la forme d'un triangle allongé, dont la pointe est dirigée vers l'avant de l'araire. Lorsque le soc est fixé par soie (reille), cela lui donne un faux air de pointe de lance, très reconnaissable. Cette partie plus large permet d'élargir le sillon et, en penchant l'araire durant le labour, de retourner une partie de la terre du sillon. Cette manière de labourer à l'araire se rapproche du labour à la charrue. Cependant, le sillon reste toujours superficiel (la charrue est un dispositif labourant en profondeur) et seule une petite partie de la terre est retournée. Le résultat reste toujours très différent du résultat obtenu avec une charrue.
 - Dissymétrique. Ce sont des socs « à aile » dont les ailes sont dissymétriques. Une des ailes est beaucoup plus grande que l'autre, qui peut même être inexistante. L'usage de tels socs étant perdu aux périodes modernes son usage exact reste non expliqué. Une théorie est que cette forme aiderait à produire un labour asymétrique avec retournement partiel de la terre. Cette théorie ne convainc cependant pas la majorité des spécialistes.
Fixation
Il existe deux principaux types de fixations. Les systèmes par œil/douille ou par soie (les reilles). Ces modes de fixation, dans leurs nombreuses variantes, représentent la très grande majorité des fixations des socs d'araires. La forme et la fixation des socs dépendent des habitudes et moyens locaux. Ces variables conditionnent le travail que l'araire est capable de faire (profondeur de labour, travail en terrain dur).
 - par œil ou par douille : Les socs à œil / douille sont constitués d'une plaque métallique, dont les bords sont pliés pour former l’œil fixant le soc sur l'araire.
Le repli peut se refermer complètement et former une douille.
Le repli peut se refermer tout en restant ouvert à l'extrémité, formant ainsi un œil. Plus surprenant, mais non moins courant, le repli peut ne pas se refermer. Dans ce cas, il forme une sorte de pince venant enserrer l'extrémité du sep. Ce dispositif est souvent nommé « œil ouvert ». Des renforts (clous, rivets, bracelet métalliques etc.) peuvent renforcer la liaison soc-sep.
 - par soie
Les socs des araires sont souvent fixés par une soie (tige prolongeant la lame). Ce type de soc s'appelle une reille. Parmi les manières de fixer une reille sur un araire, deux systèmes prédominent. Ce sont les reilles fixées par des bracelets et celles enfoncées dans l'une des pièces de l'araire et bloquées par un coin. Les araires chambiges se prêtent particulièrement bien à ce second type de fixation.
 - Autres…

Araire

L’araire (de l'occitan, issu du latin aratrum) est un instrument aratoire à bâti symétrique sans versoir et muni d'un soc pointu (ou conique) qui fend la terre sans la retourner. Il est employé en Mésopotamie depuis le IVe millénaire av. J.-C. Tracté par un animal, il scarifie la couche supérieure du sol et la rejette de part et d’autre de la raie (ou sillon). L’arairage qu'il effectue est donc superficiel. On continue de l'utiliser en Extrême-Orient, en Amérique du Sud et en Afrique du Nord.
L’araire au départ était constitué d’une seule pièce de bois, il évolua et finit par avoir jusqu'à cinq pièces. Le plus souvent en bois, l'araire se compose de trois parties essentielles :
- le mancheron, tenu par la main du laboureur, permet de guider l'araire.
- le sep (souvent appelé dental), pièce centrale dont la pointe est coiffée du soc qui entre en contact avec la terre.
- l'âge (haie ou flèche selon les régions), pièce généralement courbe, prolongé en avant par le timon et fixé en arrière au talon du sep, qui relie l'araire au brancard ou au joug auquel sont attelées les bêtes de trait.

À chaque tâche son outil

En une célèbre trilogie, la culture du blé, associée à celle de la vigne et de l’olivier, rythment depuis l’Antiquité la vie des paysans méditerranéens. La récolte des épis et le nettoyage des grains mettent en scène pendant des siècles les mêmes outils : la faucille, le volant, la sape flamande ou la faux pour le moissonnage, le fléau pour le battage, le van pour le vannage. Puis le XIXe siècle voit la machine prendre peu à peu le pas sur ces instruments séculaires : moissonneuse pour la coupe des épis, rouleau à concasser, batteuse à traction animale puis batteuse à vapeur pour le battage, et le tarare pour le vannage.

Au XXe siècle, la moissonneuse-batteuse finira par les supplanter tous.

Du van au tarare

Van

 

Dès la plus haute antiquité, l’homme a utilisé le van pour séparer du grain la balle et les impuretés. Attendant un jour de grands vents, il étendait au sol une grande toile et, muni de ce panier en osier tressé, large et plat, il projetait les grains en l’air, d’un geste alerte, pour laisser le vent emporter l’enveloppe tandis que le grain retombait sur le drap.
La mécanisation de l’opération apparaît très tôt en Chine, au début de notre ère, sous la dynastie Han, avec l’invention du tarare. Une telle machine ne fera son apparition en Europe qu’au début du XVIIe siècle. Contrairement à ce qu’on a longtemps cru, elle n’a pas été empruntée à la Chine, mais provient de deux foyers d’invention indépendants : les Pays-Bas, avec l’expansion de la production du sarrasin pour la consommation des classes pauvres des villes, et la région du coude Rhin-Danube, avec l’épeautre.

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Importé en France par H.-L. Duhamel du Monceau, le tarare sera perfectionné tout au long du XIXe siècle par Dombasle, Gravier, Yoland, Touaillon, Vachon, Joly, Moutot, Nicéville et proposé alors, dans des versions variées, par les fabricants d’outils agricoles : Charles Jeannin à Mirebeau, Henri Chauvreau à Saint-Rémy-sur-Creuse, Pierre Guttin à Romans, E. Joulie à Valence...

Plaque bleue. Tarare

Sous le vent d’oc

Le tarare, alias crible à vent, van mécanique ou traquinet tirerait son nom du bruit caractéristique qu’il émet en fonctionnant. P. Guiraud y voit plutôt une variante de tarière, en lien avec l’une des particularités techniques de la machine. En langue d’oc, on parlera de ventaire, ventadouiro ou vanaire, les deux premiers issus du latin ventus, « vent », le troisième du latin vannus, « van ».

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  Le Vauclusien Adrien de Gasparin, dans son Cours d’agriculture paru au milieu du XIXe siècle, donne une description détaillée de l’outil : « Le van est de plus en plus abandonné et a été remplacé presque partout par le tarare. Cette machine consiste en une caisse en bois renfermant un volant formé par quatre ailes, porté sur un axe horizontal, qui, par le moyen d’une manivelle pourvue d’un engrenage, tourne avec une grande rapidité et produit un courant d’air qui projette les corps légers (tels que la paille) par une ouverture supérieure placée en avant tandis que le grain tombe sur une trémie à laquelle la machine imprime un mouvement oscillatoire et s’amoncelle sous la machine. On la construit partout en ce moment et pour un prix qui, pour les plus parfaites, ne dépasse pas quatre-vingts francs.

Ventilation du pois-chiche

Utilisation du tarare lors de la récolte du pois-chiche à Solliès-Pont.

Aussi en trouve-t-on de toutes les formes, et les plus petites exploitations peuvent en louer à la journée pour un prix assez modique. Un seul homme met en mouvement le tarare, mais il faut qu’il soit relevé de demi-heure en demi- heure, et même plus souvent. C’est donc le travail de deux hommes qu’il faut attribuer au tarare ; celui qui ne tourne pas s’occupe à charger la trémie et à ranger la paille. Le tarare peut être aussi organisé de manière à marcher par le moyen d’un cheval. Alors on peut, comme en Angleterre, faire l’opération du vannage pour 0,07 F par hectolitre.
Dans le Midi de la France, on emploie deux hommes et un enfant qui balaie la paille ; on paie 0,25 par hectolitre à la tâche. Un atelier ainsi composé peut passer cinquante à soixante hectolitres par jour. Il en coûte souvent plus du double avec le vannage à bras. »

Souvenirs

Dans Neiges d’Antanle provençal Paul Cèze évoque avec lucidité l’épreuve du ventaire :
« Le pire était pourtant le vannage au tarare lou ventaire. Le grain en sortait net et luisant, si agréable à brasser à pleines mains, propre à être stocké dans les stalles de planches à usage de grenier avant de partir pour le moulin d’Allos d’où il reviendrait farine. Mais dans quel état hommes et femmes sortaient des granges, après la journée passée dans le nuage de poussière vomi par l’engin ! Cependant, ces épreuves paraissaient légères lorsqu’on avait dissipé la grande peur ancestrale de n’avoir pas assuré son pain pour l’année entière. »

Sources

D'après : http://crpe-vailhan.org/documents/ressources/tarare.pdf

Bibliographie :

Paul Cèze, Neiges d’AntanCheminements, Coudray-Macouard 2007, pp. 52-53.
Adrien de Gasparin, Cours d’agricultureDusacq.

Broie à chanvre

broie à chanvre
Instrument manuel en bois (1,20 m x 0,20 m x 0,15 m) servant  à broyer ou briser la tige du chanvre - ou du lin.

Le chanvre lou canebe, cambe ou carbe - canabis sativa est une plante annuelle, dioïque : il présente des pieds mâles et des pieds femelles carbe mascle dans la proportion moyenne de deux pieds mâles pour trois pieds femelles. Les pieds mâles carbe fumèu présentent de grandes grappes de fleur à étamines à l'extrémité des tiges assez grêles. Les pieds femelles ont au contraire leurs fleurs à l'aisselle des feuilles, et la plante a un aspect plus touffu et plus ramassé.

Le chanvre craint la sécheresse et exige des terres fertiles et profondes. Aussi le cultivait-on autrefois, dans des terrains arrosables et bien fumés appelés « les chènevières ».

En Provence, il n'y a jamais eu de grandes cultures de chanvre, mais plutôt, et surtout en montagne, une culture familiale destinée à fournir à la maisonnée la filasse, matière première que les femmes filaient et faisaient tisser.

La toile obtenue avec la filasse de « sa » chènevière servait ensuite à la confection des vêtements de la famille et du linge de ménage. Le chanvre se semait chaque année après les froids, au printemps, à la volée.

Chanvre
planche-chanvre

Chanvre industriel.

La chènevière ensemencée devait être surveillée et protégée des oiseaux qui sont très friands du chènevis, jusqu'à la levée du chanvre. Le chanvre pousse très vite et très dru. Il atteint plus de deux mètres de hauteur en quelques mois. Du semis à la maturité, on comptait trois mois et demi. Au moment de la floraison, lors de la sortie du pollen sur les pieds mâles, la chènevière exhalait une odeur très forte. Elle produisait une sorte d'ivresse pouvant aller jusqu'à provoquer des vertiges.

L'époque de la maturité diffère selon les plants mâles et les plants femelles. En Provence autrefois, la récolte se faisait en deux fois : on pratiquait le « triage ». On arrachait d'abord les pieds mâles aussitôt après la floraison, dès que les tiges blanchissent et que la cime jaunit, et on laissait sur pied le chanvre femelle jusqu'à complète maturation de ses graines, vers la fin septembre. L'arrachage des pieds mâles était le travail des femmes et des enfants.
Les pieds femelles étaient récoltés au jaunissement des tiges également, lorsque leurs graines inférieures étaient presque mûres. Par cette récolte échelonnée, on obtenait une filasse plus homogène et de meilleure qualité que si l'on n'avait fait qu'une seule récolte.

La qualité de la filasse dépendait d'abord des conditions de culture : le chanvre donne des fibres plus ou moins grossières, selon qu'il est semé plus ou moins épais et qu'il pousse plus ou moins dru. Si l'on voulait obtenir une filasse fine, il fallait semer dru. Si l'on ne voulait faire avec la filasse que des cordages, on semait clair : les tiges étaient alors plus grosses. La qualité variait aussi en fonction du moment de la récolte : la filasse la plus fine et la plus blanche est obtenue avec du chanvre récolté au moment de la floraison. La filasse provenant des chanvres mûrs est plus résistante. Si la récolte était trop précoce, on obtenait une fibre claire, peu résistante ; si, au contraire, la récolte était en retard de quelques jours, la fibre était rêche, épaisse et foncée, plus difficile à extraire.

À la récolte, on arrachait les tiges à la main en veillant à ne pas les casser ; travail très pénible à cause de la profondeur de la racine pivotante. On les liait ensuite en bottes. Après quelques jours de dessiccation sur place, on égrugeait le chanvre, en en faisant tomber les graines au moyen de l'égrugeoir.

Les bottes appelées « lei massoun » subissaient ensuite le rouissage dans un routoir. Le rouissage lou naiage a pour objet la destruction des substances gommeuses qui agglutinent les fibres mettant ainsi ces dernières à nu. Il y a destruction de l'épiderme et d'une partie du tissu cellulaire. Cette opération se fait sous l'action de l'humidité et de la fermentation produite. On agissait par immersion des tiges dans les « nais », fosses ou bassins peu profonds dans lesquels circulaient une eau courante et tempérée, assez tiède. Faute d'eau courante, le rouissage pouvait se faire dans une eau dormante, mais la qualité de la fibre était alors moins bonne. Moins le chanvre demeurait dans l'eau, meilleure était la filasse.
On devait mettre rouir le chanvre en bottes immédiatement après l'arrachage (au maximum deux ou trois jours après). Les bottes étaient coincées sous de grosses pierres qui les maintenaient immergées. La durée de rouissage variait de cinq à huit jours, en été, par temps chaud, à dix à quinze jours en automne. On reconnaissait que l'opération était terminée quand les feuilles se détachaient naturellement des tiges, qui commençaient à se fendre et à s'ouvrir, quand l'écorce s'enlevait facilement.
La transformation rapide des tiges était due à des bactéries qui attaquent et décomposent la gomme qui soude les fibres et le cœur inutile de la tige.

La durée du rouissage était importante, car elle influait sur la fibre, et donc sur la qualité du tissu à venir : trop courte, la filasse restait verte, et la chènevotte restait adhérente ; trop longue, le « bacilus amylobacter » attaque la cellulose de la filasse qui perd de la résistance. Les bottes tirées du routoir étaient mises à sécher au soleil pendant quatre ou cinq jours, avant d'être broyées et teillées. On faisait ainsi « haler le chanvre ». Mais, comme venaient ensuite les opérations de broyage et de teillage du chanvre, qui brisaient le bois des tiges et détachaient la fibre (quinze à vingt-cinq pour cent du poids des tiges seulement) de la chènevotte.

Les bottes étaient d'abord brisées grossièrement, pour rompre la chènevotte (partie ligneuse de la tige) et les préparer à être broyées. Ensuite, on broyait le chanvre, à la « broie » ou « maque », appareil très simple consistant en deux barres de bois parallèles entre lesquelles on en fait tomber une troisième montée sur charnière (autres noms de la maque : brego, bargo, brigoun, bregoundelo...)

tige-du-chanvre

Tige de chanvre avec mise en évidence des fibres.

On plaçait une poignée de tiges sur les deux barres immobiles et on les battait en faisant pivoter la troisième. On triturait la poignée de chanvre en la tirant à soi ; cassait et broyait ainsi la partie ligneuse des tiges (appelée chènevotte), pour pouvoir dénuder les fibres. Avec la chènevotte, on fabriquait autrefois les allumettes soufrées. Chaque « massoun » broyé donnait un paquet de filasse qu'on pliait ou qu'on tressait pour qu'il ne s'emmêle pas. La filasse obtenue après le broyage était bien rugueuse, et il fallait lui faire subir des opérations destinées à assouplir les fibres pour leur donner cette douceur si nécessaire à la bonne qualité de la toile.

Après le broyage, qui brisait le bois du chanvre et en détachait la plus grande partie, le teillage se poursuivait par « l'espadage » (appelé aussi : échanvrage) au cours duquel la fibre était assouplie et débarrassée des fragments de chènevotte restés adhérents.

On « échanvrait » le chanvre avec « l'espade » (ou fer à espader ou échanvroir), espèce de coutelas ou de sabre de bois ou encore fer plat plié aux extrémités. (Échanvrer, consistait à frapper avec l'espade dans la fente d'un pieu posé verticalement, connu sous le nom de « picaire ».) On séparait ainsi les dernières chènevottes de la filasse du chanvre, et on affinait les fibres.

Le fer à « espader » lui, était fixé à un pilier de manière qu'il forme une sorte de coulant. L'affinage des fibres se pratiquait en frottant fortement la tresse dans ce coulant par un mouvement de va-et-vient. La dernière opération avant le filage était le sérançage ou peignage : qui consistait à frapper la filasse par poignées sur des plaques garnies de longues dents effilées, le peigne, tout en tirant à soi le chanvre pour le diviser en fibres de plus en plus fines, les paralléliser et les débarrasser des derniers restes ligneux. Le peignage permettait d'éliminer les fibres trop courtes pour être filées, les derniers débris ligneux et de séparer trois qualités de fibres selon leur qualité et leur longueur :
- le « premier brin », la partie la plus longue, la fibre de meilleure qualité ;
La toile la plus belle était la « telo de risto, telo de pié », dans laquelle chaîne et trame étaient en fil de « premier brin ». (Les meilleurs « peigneurs » étaient ceux qui savaient tirer du même chanvre, un maximum de premiers brins.) ;
- le « second brin », ce que les sérans retiennent, appelé « estoupo ou frachan », l'étoupe. Ce premier rebut de filasse du chanvre, resté dans les peignes, aux fibres courtes, était cependant repris, travaillé à nouveau et filé, on en faisait la trame de la toile ;
- le dernier déchet, l'étoupe la plus grossière était la bourre très courte, qu'on ramassait en boule et qu'on filait pour faire des étoffes grossières : le « bourras » (genre de toile à sac).
Ce déchet était appelé « lou còchis » dans la vallée du Verdon au XIXe siècle, « les chis » à Gap.

Au XIXe siècle, la fibre de chanvre était commercialisée à ce stade, prête à être filée : on la vendait par balles, composées de cent cinquante « manades » ou matasses de chanvre. Une « manado » ou poignée de chanvre se divisait en « quatre quenouillées. (La quenouillée était la quantité de filasse que l'on pouvait mettre dans la quenouille ; on l'appelait aussi « poupée » en français, et « blestoun, blèsto », en provençal.)

On trouvait également des paquets d'un poids déterminé appelés « lei pié » ou « lei coua » (queues), car c'était des bottes de filasse fine et longue liées par un bout, qui ressemblaient à des queues de cheval. On les divisait aussi en « blestoun ». Ensuite venait le travail du filage...

Extraits de : Dou carbe à la camie (du chanvre à la chemise). Thème présenté par le Centre Culturel Provençal de Draguigan dans le cadre de l'exposition « En ce temps-là le VAR », organisée par le Rode de Basso Provenço et le Musée des Arts et Traditions Populaires de Draguignan : 15, rue J. Roumanille - 83000 Draguignan.
Broie à chanvre

Instrument manuel en bois (1,20 m x 0,20 m x 0,15 m) servant à broyer ou briser la tige du chanvre (ou du lin.)

Don à l'Écomusée de la vallée du Gapeau (novembre 2011).