Fouilles ZAC des Laugiers sud

Notice BSR :

 SOLLIÈS-PONT (83) – ZAC Les Laugiers Sud (12680)

 

Figure BSR
Plan masse des vestiges, (échelle 1/400). Document © EVEHA Lyon.

Yannick TEYSSONNEYRE, Sabrina CHARBOUILLOT et Carole GRELLIER CHEVALIER

 

Les fouilles du site de la Zac des Laugiers sud ont été effectuées du 1er octobre au 21 décembre 2018, et ont permis d’inventorier 270 vestiges archéologiques répartis sur plusieurs occupations successives circonscrites entre le Ier et le VIe siècle apr. J.‑C. Le site est implanté sur la périphérie orientale du village de Solliès-Pont, dans le département du Var, à une quinzaine de kilomètres à l’est de Toulon et des massifs calcaires du Coudon. L’emprise de 2000 m² est localisée autour de 73 m d’altitude sur la terrasse alluviale du Gapeau. Elle est entourée au nord par les collines calcaires du Castellas (346 m) et de Sainte-Christine (304 m) et à l’est par les premiers contreforts du massif des Maures, les collines du Roucas de Monié (299 m) et des Pousselons (199 m). Un canal d’irrigation construit à la fin du XVIe siècle et réaménagé pendant la Seconde Guerre mondiale partage son espace en deux zones distinctes.
Plan de masse.
Vue cavalière orientée de l’emprise au premier décapage. Photo : © EVEHA Lyon.
Précisons que cette première présentation intervient un mois après la fin de la phase terrain. Son objectif est de livrer, dans les grandes lignes, nos résultats préliminaires. Ces derniers se basent essentiellement sur les observations de terrain et sur une première mise en phase des vestiges ; ils doivent donc être reçus avec toute la prudence de rigueur.
 
L’opération réalisée a permis de mettre au jour, deux ensembles funéraires contemporains articulés autour d’enclos maçonnés construits à la périphérie de zones cultivées. Au sud, le premier enclos (n° 2)…
L'enclos numéro 2
L'enclos funéraire numéro 2.
…dont la superficie voisine les 52 m², possède des maçonneries liées au mortier, puissamment fondées (0,8 m de large pour 1,3 m de profondeur au maximum), qui supposent une élévation probablement massive. Son orientation SE-NO (N145°O) apparaît parfaitement parallèle à une tranchée de plantation située au nord (F30) et au sud, à une zone cultivée matérialisée par une cinquantaine de fosses de plan quadrangulaire disposées à intervalles réguliers sur sept alignements.
 
Cet ensemble cultivé axé sur la trame fixée par l’enclos renvoie assez clairement à l'identification d’une zone de plantations viticoles.
Fosses de plan quadrangulaire
Les fosses quadrangulaires de plantations viticoles. Photo : © EVEHA Lyon.
Il a pu, dans un premier temps être alimenté ou irrigué par une canalisation souterraine (F219) dont le creusement, conservé sur près de 2 m de haut, traverse le nord de l’emprise. Ces fosses de plan quadrangulaire se retrouvent également disposées de façon plus lâche dans le prolongement oriental de l’axe des murs sud et nord de l’enclos. Elles délimitent une allée de plus de 18 m de long pour 3,6 m de large et participent au décorum de ce premier ensemble funéraire. L’implantation de dépôts secondaires de crémation sur la périphérie de leur emprise tend par ailleurs à leur conférer sporadiquement une fonction de marqueur funéraire.
 
L’intérieur de ce premier enclos est structuré autour d'une grande fosse bûcher de plan rectangulaire (2 x 1,5 m)…
Grande fosse bûcher
Grande fosse bûcher du plan quadrangulaire.
…autour duquel sont installés les dépôts de crémation en fosse et leurs probables marqueurs. La présence d’un fragment de cippe en calcaire utilisé en tant que calage dans une inhumation plus récente tend à accréditer la présence d’indicateurs relativement luxueux. On notera que la réouverture et ou spoliation de certains dépôts particulièrement épais suggèrent la récupération d’un mobilier a priori privilégié. Le fond de cet enclos est également agrémenté de tranchées de plantations implantées contre les murs sud, nord et ouest au-devant desquels d’autres fosses de plantations de tailles plus modestes se répondent en symétrie du nord au sud. Avec son allée orientale, le décorum végétalisé de ce premier ensemble peut être qualifié de jardin funéraire. Son emprise délimite assez fidèlement les limites de ce premier ensemble funéraire puisque l’implantation des dépôts secondaires de crémation ou des fosses liées aux rejets de résidus ainsi que celles, plus tardives ou contemporaines, des inhumations s’effectuent systématiquement au sein de son espace. Les inhumations, dont la chronologie semble s’étaler sur toute la période de l’occupation de la nécropole, montrent une grande variété de modes architecturale avec notamment celles en bâtière ou en coffrage de tuile, en amphore et en architecture mixte ou encore celles sans contenant pérenne.
Mentionnons également la présence d’un imposant monument funéraire vraisemblablement spolié dont l’architecture présente une voûte en tuf et réemploie d'un bloc chaperon (0,90 x 0,68 x 0,33 m)…
Un bloc chaperon
Le monument funéraire ou cénotaphe, structure F47.
… et un bloc de parement mural (0,75 x 0,50 x 0,23 m) dont l’origine pourrait bien provenir de l’élévation de ce premier enclos).
 
Au nord, le second ensemble pourrait s’être installé au cours du Haut-Empire, en deux temps. La première séquence se rapporte à une division de la parcelle. Elle est matérialisée par l’installation d’une importante tranchée de plantations qui présente une double orientation et divise l’emprise en deux en venant notamment recouper l’ancien conduit d’alimentation (F219) traversant l’emprise. Une seconde tranchée (F18) se développe parallèlement à son tronçon méridional et ménage ainsi durablement un espace vide entre les deux secteurs funéraires. La partie nord-est de ce secteur nouvellement délimité voit l’installation de vingt-quatre tranchées de plantations (sulci) au sein desquelles des fosses de plan rectangulaire (1 x 0,5 m) sont implantées transversalement à intervalles réguliers, tous les 0,5 m ; ce qui atteste la pratique du provignage. Cette pratique bien illustrée par les sources agronomiques et archéologiques du sud-est de la Gaule illustre une zone cultivée dont la destination renvoie indubitablement à la culture de la vigne.
 
Dans un second temps, un nouvel enclos…
Un nouvel enclos
Vue zénithale de l'enclos numéro 1. Photo : © EVEHA Lyon.
…dont la superficie voisine celle du précédent a été installé au niveau de l’extrémité occidentale de cette zone cultivée. Ces maçonneries larges de 0,7 m pour 0,3 m d’épaisseur en moyenne apparaissent moins bien ancrées que celles du premier enclos. L’arrachement observé au centre de son mur septentrional pourrait correspondre à la récupération d’une pierre de seuil et laisse supposer un accès nord à cet ensemble. Ce second enclos présente la même orientation nord-sud que les tranchées de plantations sur lesquelles il s’implante. Toutefois, il est difficile d’argumenter l’abandon dans son intégralité de la plantation. En effet, à l’image du précédent, un espace pourrait avoir été aménagé après l’arrachement de ceps, pour l’installation de cet ensemble construit. La contemporanéité des deux ensembles nous semble induire un effet d’imitation que les données de terrain ne peuvent ni valider, ni infirmer, même si la lecture des fosses de plantations est plus aisée à l’est de l’enclos. Au sein de l’enclos, les dépôts de crémation, datés entre la fin du Ier siècle et la seconde moitié du IIe siècle au plus tard, sont également associés à des marqueurs. Leur structuration apparaît toutefois moins organisée que celle du premier enclos. Ils sont déposés au sein de fosses de plan géométrique rectangulaire à quadrangulaire) dont les plus grandes approchent un mètre de côté en moyenne pour 0,2 à 0,4 m de profondeur conservée. Ils présentent des dépôts mixtes le plus souvent matérialisés par un vase ossuaire en verre…
Vase ossuaire en verre
Un vase ossuaire en verre.
…disposé au centre sur une couche charbonneuse et parfois de résidus de crémation issus du bûcher. À en juger par les restes de parois rubéfiées pris dans le comblement ou conservés sur les parois de certaines fosses, il est probable qu'elles aient également servi de structure primaire de combustion suggérant peut-être l’identification de tombe bûcher. Ces dépôts sont le plus souvent associés à du mobilier secondaire, des vases offrandes en céramique et/ou à des balsamaires en verre. Ils possèdent parfois des aménagements spécifiques en tegulae
Tegulæ du coffrage de F245
Les tuiles marquées du coffrage de la structure F245.
…pour lesquels des aménagements particuliers semblent envisageables. En dehors de l’emprise de cet enclos, les dépôts de crémation sont installés dans des contenants en matériaux périssables ou en amas sans contenant et se présentent sur le terrain sous la forme d’amas osseux de plans subcirculaire à ovalaire, déposés au centre de fosses de grandes dimensions. Là encore, leur contemporanéité avec certaines inhumations reste possible en l’absence d’étude plus approfondie. Les inhumations s’implantent quant à elles au nord de l’emprise de l’enclos, et comme pour celles observées au sud, elles respectent son orientation. À l’instar de celles observées au niveau du premier enclos, ces sépultures déclinent la même variété que celles observées au sud de l’emprise (inhumations en bâtière, en coffrage de tuile, en amphore, en architecture mixte, sans contenant pérenne…).
Inhumation en coffrage de tuile F1
Inhumation en coffrage de tuile de la fosse F1.
…Ces dernières s’étalent chronologiquement jusqu’à la fin de l’occupation.
 
On signalera enfin l’existence d’un fossé palissadé dont le profil en « Y » et le comblement présentant un lobe d’arrachement central supposent une troisième limite observée dans le quart nord-ouest de l’emprise. Cette dernière, qui recoupe en se fondant, au nord, dans le tracé de la grande tranchée de plantations divisant l’emprise en deux, inaugure la limite d’un troisième ensemble. Signalons que les données obtenues au diagnostic sur ce troisième secteur témoignent de la présence de fosses de plantations de plan rectangulaire, organisées en linéaire… La localisation de ce fossé en bordure de fouille rend toutefois délicate la qualification de ce nouvel ensemble.
 
Ainsi, les résultats préliminaires de la fouille de la ZAC des Laugiers permettent d’envisager la restitution d’un site remarquable par la présence de deux nécropoles juxtaposées et dont la contemporanéité d’utilisation ne laisse guère de doute. Si la structuration de l’ensemble funéraire situé au sud de l’emprise,…
Debut de la fouille, coffrage F1
Début de la fouille de la structure F1.
…de même que ses puissantes maçonneries, contrastent sensiblement avec l’ensemble septentrional, a priori plus modeste, leurs localisations à la périphérie de zones cultivées renvoient l’image de deux nécropoles de petite envergure, peut-être à destination familiale, qui appellent avec leurs ensembles cultivés des domaines de rattachement dans un environnement immédiat.

 
Total Page Visits: 2396 - Today Page Visits: 2