Canal de la Font du Ton

Canaux et irrigations

 

Les documents que j’ai consultés sur Solliès m’ont, depuis longtemps fait revenir de l’opinion généralement répandue, ici comme ailleurs, suivant laquelle les dérivations des cours d’eau auraient été faites en vue de l’agriculture. Ces documents m’ont en effet révélé l’existence de plusieurs moulins, à farine ou à foulon, au temps des « de Soleriis » ou de leurs successeurs immédiats, à une époque où la culture maraîchère était assurément moins développée qu’aujourd’hui, où le commerce des primeurs ne pouvait guère être soupçonné de nos aïeux.

Tout dernièrement je lisais dans les minutes de Me Mazan (étude Hammer) les conditions très précaires dans lesquelles le quartier [?] a été admis à se servir, pour l’irrigation du très ancien béal de Beaulieu quelques années avant la Révolution [?] ; le moulin de Beaulieu ne fonctionnait plus à cette époque. Ces données concordent avec les documents relevés par Mr Mireur, dans sa notice sur « Le canal et les irrigations de Draguignan » (Draguignan, Latil, 1905). Pour ce qui demeure de conjectural, ses suppositions touchant la destination primitive de la généralité des anciennes canalisations sont des plus vraisemblables
Cependant, à une époque antérieure au moyen âge, ne peut-on pas admettre que des canaux aient pu être construits, sur divers points, à des fins autres que le service des usines ? Je me le demande, en ce qui concerne Solliès, à propos du canal, existant encore en partie, d’origine romaine, semble-t-il, qui capte la source dite la Font du Ton(1) (à 200 mètres environ en amont des Toucas). Le canal est, sur quelques points creusé dans le roc, ailleurs construit avec un béton de chaux et de brique concassée, semblable à celui que j’ai vu prés de Cimiez. Les vestiges les plus éloignés de la source que j’ai pu relever se trouvent à une centaine de mètres du cimetière de Solliès-Pont : ici encore le vulgaire croit se trouver en présence d’une création de la reine Jeanne. Le canal n’a guère qu’une largeur de 40 centimètres environ, chiffre approximatif donné de mémoire. À mi-chemin de Solliès-Pont, il fait mouvoir un moulin à huile, le moulin dit des Rainauds ayant appartenu à la Communauté  ; mais il ne l’actionne que par le moyen d’une chute, la fuite alimentant un canal construit en contrebas et ne servant qu’à l’irrigation des terres avoisinantes. Pour faire mouvoir des engins à Solliès-Pont, où la forte déclivité du terrain a permis de multiplier les écluses, nul besoin n’était d’amener les eaux des Toucas. Cette eau aurait-elle été captée pour l’alimentation ?
L’importance probablement minime de la population rend l’hypothèse peu vraisemblable. Peut-être faut-il tout simplement penser que les établissements d’autrefois étaient loin de réclamer la force motrice que l’industrie a exigée dans la suite. Au début tout au moins du XVIe siècle, au-dessus du pont de Solliès, vers la montée de Ville, il existait un certain nombre de tanneries sur un point où le canal du Ton aurait pu avoir son prolongement.
Frédéric Dollieule, août 1907.

 

 

Histoires locales de Solliès

 

[?]u coteau appelé picarlé coteau [?] outre d’où lui est venu le nom [?]arlé, l’on voit des ruines d’un ancien [?]. Il serait à souhaiter que l’administration (emp]èche l’entière destruction : Plusieurs [pro]priétaires se sont débarrassés de ces massifs antiques comme de roches inutiles.
On en voit encore en trois endroits différents entre le cimetière de Solliès pont et le hameau des Aiguiers, du coté de ce cimetière on trouve les deux bases d’une arcade. En voici à peu près les dimensions. Epaisseur 1m,25, diamètre de l’arceau 2 mètres, hauteur qu’on doit lui supposer le canal compris 4 mètres. En suivant le chemin où sont ces ruines en allant vers le hameau, on trouve bientôt à gauche un mur composé de petites pierres carrées liées par un mortier indélébile portant tous les caractères de la bâtisse romaine. À cent pas de là on voit un autre mur de la même qualité dans lequel on voit la profondeur et à peu près la largeur du canal. Le peuple ignorant dit que c’est l’ouvrage de la Reine Jeanne pour conduire le[s] eaux de la source du Ton au château de [Ta]magnon.

Jean-Baptiste, Victor Davin, curé de Solliès-Pont (1841-1867).

 

D’après M. Apollinaire Simon (le menuisier) les vestiges du canal se voient au chemin des Aiguiers allant aux Toucas, à droite en allant près un four à plâtre. Ce serait en amont des 3 vestiges relevés par Mr Davin et du même canal qui était bien de construction romaine. Les eaux ont été conduites plus tard à Tamagnon par un tuyautage en poterie qui a été retrouvé en partie près de Picarlet.
Le cimetière actuel a été ouvert le 8 avril 1838, le quartier où il a été établi est appelé dans les délibérations le 6 mai 1832, le quartier Saint-Antoine (D’après M. Simon, le cimetière aurait été ouvert bien avant 1838, vers 1835  ; ce quartier ne serait nullement celui de Saint-Antoine qu’est au-dessus du chalet Chritien par-dessus la grand route à 300 m environ en aval de Solliès-Pont.

Frédéric Dollieule.

D’après Paulin Simon, aux Gavots, quartier dépendant des Toucas, près des Aiguiers, non loin de la Plâtrière de M. de Saporta se trouvent les restes d’un canal creusé dans le roc sur une longueur de 50 centimètres ; le reste a quelques mètres en béton : la direction est des Toucas vers Solliès-Pont. - j’ai vu le 10 8bre [18]88 ces restes : Le canal creusé dans le roc a une largeur de [?] ; les rebords ont [?] de hauteur  ; la longueur est de [?] ; plus loin se trouve la continuation en béton. La pente est vers [?] ; ces débris se trouvent sur le chemin des Aiguiers à Solliès-Ville, sur la nouvelle ouverture de la plâtrière, carrière de plâtre achetée par M. de Saporta, aux Aiguiers.
À la bifurcation du chemin de Ville et de celui des Toucas, au Pont une croix de bois portant la date gravée : 1787.
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La croix de bois.

Sous terre dans la même direction près du cimetière on a trouvé de très anciens tuyaux en poterie : d’après Paulin Simon se sont ces tuyaux qui conduisaient les eaux de la fontaine du Ton à Tamagnon  ; le canal conduisait les eaux à Pomponiana. Il a vu cela dans un annuaire du Var remontant environ à 1830 ; quelques mots seulement.

Frédéric Dollieule.

En août [18]90, j’ai retrouvé les traces de l’ancien canal creusé dans le roc ou fait avec du tuileau, dans le canal actuel venant du Ton et du ruisseau de Valaurie : au-dessus de Rainaud, au quartier de Rainaud, en face du moulin se trouve actuellement une branche par laquelle l’eau du Ton passe le plus habituellement pour desservir le moulin d’abord (l’hiver, pour la fabrication de l’huile) et le dessous de la côte. Autrefois très probablement la branche mère devait avoir plus d’importance et porter les eaux jusqu’aux Aiguiers et à Picarlet où j’ai retrouvé les restes du canal. Actuellement l’eau du Ton n’arrive plus dans le canal dit encore du Ton (mais plus souvent de Valaurie) : l’eau est conduite aux Toucas en petite partie pour les fontaines et en plus grande partie pour les arrosages : l’eau qui alimente ce canal est fournie par le ruisseau de Valaurie et par celui du Vallon des Andourins.

Frédéric Dollieule, août 1890.

 

 

Canal de la Font du Ton
allant à Hyères ou à Tamagnon

Canal de la Fon du Ton

Les terrains (le sol exhaussé) dans lequel se retrouvent les vestiges ci-dessous ont été profondément modifiés par les masses de terre entraînées des collines par les eaux.

Frédéric Dollieule.

  A - Fragment de canal creusé dans le roc au quartier des Gavots sur la 2e galerie de la carrière de plâtre de M. de Saporta et en contrebas et à gauche de Solliès-Ville aux Toucas : ce fragment mesure [?],[?] en longueur, [?],[?] en largeur et [?],[?] en profondeur. 8 à 10 mètres plus bas se trouve la continuation du canal, mais en béton.

  B - Au quartier des Aiguiers près du puits communal, dans la propriété de M. Jean, Joseph Aiguier, canal en béton coupé par un puits, 1,25 m sous terre. Toujours sur la droite de la route.

  C - Au même quartier des Aiguiers, 70 mètres plus loin, au-dessus de la fontaine du hameau se vois la moitié d’un arc qui devait porter le canal et immédiatement après un mur ou l’on voit la profondeur et à peu près la largeur du canal.

  D - À 150 mètres plus loin, toujours sur la droite de la route, dans la propriété de M. Guilas perruquier, se voit un mur de petites pierres de 12 à 15 cm de côté, coudé mesurant 8 mètres en longueur et environ 1,50 m en hauteur. Ce mur certainement très ancien semblait destiné à soutenir le canal. Il est bien bâti, avec un mortier très dur.

  E - 60 mètres plus loin, dans la propriété qui touche celle de M. Guilas, M. Pin a trouvé récemment enfoui sous terre, à 35 mètres environ de la route et à 15 au-dessus de sa bastide le canal en béton. Il était en terre à une profondeur de 75 centimètres environ.

  F - 240 mètres plus loin, sur la droite de la route et suit la route même, contre le ravin qui la côtoie se voient les bases d’un pont qui pouvait servir d’aqueduc et avoir sa raison d’être dans un ravin qui coupait l’aqueduc. Ce pont a une largeur ou épaisseur d’1,30 m et une ouverture de 3 mètres. Le diamètre était aussi le rayon soit 1,50 m une base a 2,35 m de longueur ; l’autre est moins longue. Les fondements, qui ont été déchaussés par les eaux du ravin sont de 35 à 45 cm seulement. Les pierres sont hautes de 12 cm environ et de longueur inégale.

  G - À 120 mètres plus loin, sur l’embranchement du chemin de Solliès-Pont à celui de Solliès-Ville, à gauche, au-dessus de la croix de fer qui se trouve près du cimetière, à la hauteur du haut du piédestal on voit l’assiette du canal qui sort sur ce point de macadam à la route. En agrandissement de cet embranchement en octobre 1888 on a enlevé en partie ces vestiges ; mais on les voit encore.
Dans la propriété qui surplombe l’embranchement et à laquelle est adossée la croix se voient un grand nombre de débris du canal en béton avec du tuf. J’ai recueilli un échantillon de ce tuf de 7 centimètres d’épaisseur, épaisseur de la couche de tuf.

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